Dernière lettre de Miguel de Cervantes

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Hier ils m’ont donné l’Extrême-Onction, et aujourd’hui j’écris cette lettre.

Miguel de Cervantes (29 septembre 1547 – 22 avril 1616) romancier, poète et dramaturge espagnol, est célèbre pour son roman L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte, reconnu par l’histoire littéraire comme le premier roman européen moderne. Après une vie riche en émotions et rebondissements, commencée en tant que soldat, il se fait capturer par les barbaresques avec son frère, et malgré quelques tentatives d’évasion, il reste captif à Alger. Il écrit cette lettre, sa dernière lettre, sur son lit de mort, sans oublier d’y faire figurer quelques vers.

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19 avril 1617

Comte de Lemos, de Andrade, de Cillalba ; Marquis de Sarria, gentilhomme de la chambre de sa Majesté, présidente du Conseil Suprême d’Italie, commandant à la charge du service de la Zarza et de l’Ordre d’Alcantara,

Ces antiques couplets, qui furent pendant un moment célébrés, et qui commencèrent ainsi :

Déjà un pied dans la tombe

J’aurais voulu que cela ne convienne pas tant dans ma lettre, puisqu’avec presque les mêmes mots je peux la commencer ainsi :

Déjà un pied dans la tombe
Avec la soif de la mort,
Grand homme, voilà ce que je t’écris.

Hier ils m’ont donné l’Extrême-Onction, et aujourd’hui j’écris cette lettre. Le temps est court, le désir grandit, les espoirs diminuent, et, avec tout cela, je mène ma vie avec ce grand désir de la vivre, et j’aurais voulu la préserver, ma vie, jusqu’au moment où je baiserai les pieds de votre Excellence. Qu’est ce qui pourrait me rendre plus heureux que de voir Votre Excellence en Espagne ? Cela me rendrait la vie. Mais, s’il en est advient autrement et que je dois la perdre, accomplissez la volonté des cieux. Du moins votre Excellence connaît désormais mon désir, et je tiens aussi à ce qu’elle sache que j’ai été possédé par l’envie de vous servir, envie qui surpasse peut-être la mort.

Cela dit, la venue de Votre Excellence, telle une prophétie, me rendrait si heureux, et je me réjouirais de la voir me montrer du doigt et, plus encore que de me rendre heureux, mes espoirs prendraient vie, illustrant la renommée prodigue de Votre Excellence. Mon âme est encore emplie de certaines reliques et souvenirs des Semaines du jardin, et du célèbre Bernardo. Si j’ai la chance, qui est plutôt un miracle d’ailleurs, que le ciel me donne vie et que je puisse finir La Galatea, que votre majesté aime tant. Avec ces œuvres, si le ciel exauce mon désir, que Dieu bénisse votre Excellence comme il le peut.

( https://lasonotheque.wordpress.com/2010/04/23/la-ultima-carta-de-miguel-de-cervantes/ )
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