Dernière lettre de Stéphane Mallarmé à son épouse et sa fille

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Il n’y a pas là d’héritage littéraire, mes pauvres enfants.

Stéphane Mallarmé (18 mars 1842 – 9 septembre 1898), célèbre pour avoir œuvré en faveur de l’art pour l’art et collaborateur éminent du Parnasse contemporain, est une figure majeure de la poésie française. Dans cette dernière lettre poignante adressée à son épouse et à sa fille, écrite la veille de sa mort, il évoque le devenir de ses travaux et signe ainsi la fin d’une carrière poétique qui inspirera des générations de poètes.

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8 septembre 1898

Recommandation quant à mes Papiers.

(Pour quand le liront mes chéries.)

Mère, Vève,

Le spasme terrible d’étouffement subi tout à l’heure peut se reproduire au cours de la nuit et avoir raison de moi. Alors, vous ne vous étonnerez pas que je pense au monceau demi-séculaire de mes notes, lequel ne vous deviendra qu’un grand embarras ; attendu que pas un feuillet n’en peut servir. Moi-même, l’unique pourrais seul en tirer ce qu’il y a… Je l’eusse fait si les dernières années manquant ne m’avaient trahi. Brûlez, par conséquent : il n’y a pas là d’héritage littéraire, mes pauvres enfants. Ne soumettez même pas à l’appréciation de quelqu’un : ou refusez toute ingérence curieuse ou amicale. Dites qu’on n’y distinguerait rien, c’est vrai du reste, et, vous, mes pauvres prostrées, les seuls êtres au monde capables à ce point de respecter toute une vie d’artiste sincère, croyez que ce devait être très beau.

Ainsi, je ne laisse pas un papier inédit excepté quelques bribes imprimées que vous trouverez puis le Coup de Dés et Hérodiade terminé s’il plaît au sort.

Mes vers sont pour Fasquelle, ici, et Deman, s’il veut se limiter à la Belgique :

Poésies et Vers de circonstances

avec L’Après-Midi d’un Faune

et Les Noces d’Hérodiade.

Mystère.

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( Mallarmé, Correspondance - Lettres sur la poésie, Folio classique ) - (Source image : Stéphane Mallarmé, Nadar, Sotheby's © Wikimedia Commons)
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La recommandation de la rédaction :

Lettre de Mallarmé à Méry Laurent : « L’existence, une mise à nu de mes fibres par un rêve littéraire excessif ».

Lettre de Stéphane Mallarmé à Maria Gerhard : « Je vous aime ! Je vous aime ! C’est tout ce que je sache dire et penser. »

Lettre de Paul Gauguin à André Fontainas : « Mon rêve ne se laisse pas saisir. »

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4 commentaires

  1. Marie-Mireille

    Que la date de son départ de l’autre côté de la Vie soit la bonne ou pas. … ce que je retiens est cette touchante humilité dont il fait preuve à propos de ses oeuvres. …
    Voilà ce à quoi on reconnaît un Grand Homme, un Vrai de Vrai. …. Jamais il ne se mettra en avant, et cela le rend particulièrement Lumineux. ….

  2. Puigmal

    Ce grand Homme qui a illuminé la poésie appelle ses écrits  » monceau demi séculaire  » nous gratifie à travers cette belle lettre destinée à ses famille d’une leçon , grande leçon d’humilité disant pour cela qu’il n’y a pas d’héritage littéraire….. Et donc fait passer pour pertes et profits son côté intellectuel…. Respect. Et la date ok ……. A corriger mais ……..

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