Dernière lettre de Suzanne Spaak à sa fille Pilette et à son fils Bazou

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Devenez tous deux une femme et un homme digne de ce nom.

Suzanne Spaak, disparue ce même jour en 1942, avait 37 ans et deux enfants en 1942, lorsqu’elle devint le chef du MNCR. En entrant dans la Résistance, cette riche héritière fille d’un grand banquier belge et belle-sœur du Ministre des Affaires Etrangères belges, et qui aurait pu vivre tranquillement de sa fortune et de celle de son mari prouva par son engagement que la liberté n’a pas de prix. Le Mouvement National Contre le Racisme avait été créé en 1941 par un certain nombre de résistants qui estimaient qu’une lutte spécifique contre le racisme devait être menée dans le cadre général du combat pour libérer la France. Son activité consistait à sauver le plus possible d’enfants juifs de la déportation, en liaison avec les Eglises catholique et protestante, et à contrecarrer l’idéologie raciste de l’occupant et de Vichy, notamment grâce à deux journaux clandestins : « J’accuse » en zone Nord et « Fraternité » en zone sud. Arrêtée par la Gestapo en octobre 1943, Suzanne Spaak fut détenue et torturée à la prison de Fresnes pendant dix mois, puis exécutée par les allemands le 12 août 1944, 13 jours avant la libération de Paris. Sur les murs de sa cellule de la prison de Fresne, on a retrouvé cette inscription : « seule avec les pensées, c’est encore la liberté ».

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12 août 1942

Ma petite Pilette, mon petit Bazou

Je voudrais vous exprimer tout mon amour et je ne trouve pas mes mots. Voici en résumé l’essentiel.

Mon petit Bazou continue à imiter ton cher Papa.

Tu ne peux avoir de meilleur exemple et demande lorsque tu seras grand qu’on te parle aussi de mes amis là tu verras peut être aussi un exemple à suivre.

Ma petite Pilette, sois BONNE SIMPLE GÉNÉREUSE et fais-moi un plaisir : lis, en y réfléchissant de temps en temps quelques versets de l’Evangile et tache de te conformer à ces principes que je trouve admirables.

Ma petite Pilette, mon petit Bazou que j’aime tant, soyez tous deux fiers, courageux et devenez tous deux une femme et un homme digne de ce nom

Votre maman qui vous aime.

 

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( Jean-Pierre Guéno, Paroles de femmes, La Liberté du regard, Editions Les Arènes, 2007 )
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