Lettre d’Alain Delon à Romy Schneider

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delonschneider

Je te dis adieu, le plus long des adieux.

Alain Delon et Romy Schneider se rencontrent en 1958 et se fiancent un an plus tard. Il demeurent les amants mythiques du film La Piscine. Au-delà de leur séparation et du décès énigmatique de la belle Romy, l’estime et l’affection d’un des plus grands acteurs du cinéma français restent intacts : la preuve par cette lettre.

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11 juin 1982

Je te regarde dormir. Je suis auprès de toi, à ton chevet. Tu es vêtue d’une longue tunique noire et rouge, brodée sur le corsage. Ce sont des fleurs, je crois, mais je ne les regarde pas. Je te dis adieu, le plus long des adieux, ma Puppelé. C’est comme ça que je t’appelais. Ça voulait dire « Petite poupée » en allemand. Je ne regarde pas les fleurs mais ton visage et je pense que tu es belle, et que jamais peut-être tu n’as été aussi belle. Je pense aussi que c’est la première fois de ma vie – et de la tienne – que je te vois sereine et apaisée. Comme tu es calme, comme tu es fine, comme tu es belle. On dirait qu’une main, doucement, a effacé sur ton visage toutes les crispations, toutes les angoisses du malheur.

Je te regarde dormir. On me dit que tu es morte. Je pense à toi, à moi, à nous. De quoi suis-je coupable ? On se pose cette question devant un être que l’on a aimé et que l’on aime toujours. Ce sentiment vous inonde, puis reflue et puis l’on se dit que l’on n’est pas coupable, non, mais responsable… Je le suis. À cause de moi, c’est à Paris que ton cœur, l’autre nuit, s’est arrêté de battre. A cause de moi parce que c’était il y a vingt-cinq ans et que j’avais été choisi pour être ton partenaire dans « Christine ». Tu arrivais de Vienne et j’attendais, à Paris, avec un bouquet de fleurs dans les bras que je ne savais comment tenir. Mais les producteurs du film m’avaient dit : « Lorsqu’elle descendra de la passerelle, vous vous avancerez vers elle et lui offrirez ces fleurs ». Je t’attendais avec mes fleurs, comme un imbécile, mêlé à une horde de photographes. Tu es descendue. Je me suis avancé. Tu as dit à ta mère : « Qui est ce garçon ? ». Elle t’a répondu : « Ce doit être Alain Delon, ton partenaire… ». Et puis rien, pas de coup de foudre, non. Et puis, je suis allé à Vienne où l’on tournait le film. Et là, je suis tombé amoureux fou de toi. Et tu es tombée amoureuse de moi. Souvent, nous nous sommes posés l’un à l’autre cette question d’amoureux : « Qui est tombé amoureux le premier, toi ou moi ? ». Nous comptions : « Un, deux, trois ! » et nous répondions : « Ni toi, ni moi ! Ensemble ! ». Mon Dieu, comme nous étions jeunes, et comme nous avons été heureux. A la fin du film, je t’ai dit : « Viens vivre avec moi, en France » et déjà tu m’avais dit : « Je veux vivre près de toi, en France ». Tu te souviens, alors ? Ta famille, tes parents, furieux. Et toute l’Autriche, toute l’Allemagne qui me traitaient… d’usurpateur, de kidnappeur, qui m’accusaient d’enlever « l’Impératrice » ! Moi, un Français, qui ne parlais pas un mot d’allemand. Et toi, Puppelé, qui ne parlais pas un mot de français.

Nous nous sommes aimés sans mots, au début. Nous nous regardions et nous avions des rires. Puppelé… Et moi j’étais « Pépé ». Au bout de quelques mois, je ne parlais toujours pas l’allemand mais tu parlais français et si bien que nous avons joué au théâtre, en France. Visconti faisait la mise en scène. Il nous disait que nous nous ressemblions et que nous avions, entre les sourcils, le même V qui se fronçait, de colère, de peur de la vie et d’angoisse. Il appelait ça le « V de Rembrandt » parce que, disait-il, ce peintre avait ce « V » sur ses autoportraits. Je te regarde dormir. « Le V de Rembrandt » est effacé… Tu n’as plus peur. Tu n’es plus effrayée. Tu n’es plus aux aguets. Tu n’es plus traquée. La chasse est finie et tu te reposes.

( Paris Match - N° 1724 - 11 juin 1982 ) - (Source image : The Austrian-born French actress Romy Schneider (Rosemarie Magdalena Albach-Retty) taking a break during the shooting of the film 'Ludwig'. Bad Ischl, 1973, Getty Image, © Wikimedia Commons / Alain Delon, a French actor, by Ivan Bessedin 2 december 2011, Flickr, © Wikimedia Commons)
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6 commentaires

  1. Hamid Boum

    Merci pour tes mots si simples mais si profonds Alain ! le langage sincère d’un amour fou restera dans les pages de l’histoire…….Des adieux émouvants et un aveu limpide de la tendresse humaine … Merci encore !

  2. Mara Rodriguez

    Hermosa carta del ultimo Adios de Alain a Romy, la carta original es mas larga, pero de cualquier manera no oculta el profundo sentimiento de amor, recuerdo y dolor. Toca el corazon con cada una de sus palabras! La he leido tantas veces y siempre me inspira su ternura y su gran tristeza !

  3. t.dretar@yahoo.com

    Traduction en croate:
    Gledam te spavati. Ja sam s tobom uz Tvoje uzglavlje. Imaš na sebi dugu tuniku, crno i crveno izvezeno na prsluku. To su cvjetovi, mislim, ali ja ih ne gledam. Kažem Ti zbogom, najduži od svih oproštaja, moja Puppelé. Tako sam te nazvao. To znači « mala lutka » na njemačkom. Ja ne gledam cvijeće, već tvoje lice i mislim kako si lijepa, i da nikada, možda nisi bila tako lijepa. I mislim da je ovo prvi put u svojem životu – i tvojem – kako te vidim spokojnu i smirenu. Kako si mirna, kako si fina, kako si lijepa. Reklo bi se da je neka ruka nježno obrisala s Tvojeg lica sve napetosti, sve muke nesreće. Gledam Te spavati. Kažu mi da si umrla. Mislim na tebe, na sebe, na nas. O onome za što sam ja kriv? Postavlja se ovo pitanje pred onim bićem koje se voljelo i kojeg se uvijek voli. Taj osjećaj te preplavi, a zatim se vraća natrag i onda sebi kaže da nisi kriv, ne, ali odgovoran…. Ja jesam, jer u Parizu je Tvoje srce, neku večer, prestalo kucati. Zbog mene, jer je tome dvadeset i pet godina kad sam ja bio izabran da budem Tvoj partner u « Christini ». Dolazila si iz Beča, a ja sam čekao, u Parizu, s buketom cvijeća u rukama za koje nisam znao kako ga držati. No, producenti filma su mi rekli: « Kada ona siđe sa stepnika, ti kreni prema njoj i ponudi joj ovo cvijeće. » Čekao sam te sa svojim cvijećem, kao budala, pomiješan s hordom fotografa. Sišla si. Uspeo sam gore. Rekla si svojoj majci, « Tko je ovaj momak? « . Ona Ti je odgovorila: « To mora biti Alain Delon, Tvoj partner … ». I ništa, nikakve munje, ne. A onda sam otišao u Beč, gdje smo snimali film. A ondje, pao sam se ludo zaljubio u tebe. A ti si se zaljubla u mene. Često smo postavljali jedno drugom to pitanje zaljubljenih « tko se zaljubio prvi, ti ili ja? ». Brojali smo: « Jedan, dva, tri! « I odgovorili: »Ni ti ni ja! Zajedno! ». Moj Bože, kako smo bili mladi, i kako smo bili sretni. Na kraju filma, rekao sam Ti: « Dođi živjeti sa mnom, u Francuskoj », a već sam Ti bio rekao: » Želim živjeti uz tebe, u Francuskoj » Sjećaš li se toga? Tvoja obitelj, Tvoji roditelji, bijesni. I cijela Austrija, i cijela Njemačka, i tretirali me … kao osvajača, otmičara, kojeg su optuživali da i, je oteo « Caricu »! Mene, jednog Francuza, koji ne govori ni riječ njemačkog. I tebe, Puppelé, koja ne govoriš ni riječ francuskog.
    Mi se voljeli bez riječi, u početku. Pogledali bismo se i nasmijali. Puppelé … A ja, ja sam bio « Didi ». Nakon nekoliko mjeseci, ja još uvijek ne govorih njemački, ali Ti si govorila francuski, tako dobro da smo igrali u kazalištu, u Francuskoj. Visconti je postavljao la mise en scène. Rekao nam je da smo sličili i da imamo, između obrva, isto V koje se pojavljivalo kad smo se mrštili, u ljutnji, u strahu od života i tjeskobe. Nazvao ga je  » Le V de Rembrandt  » jer, kako je rekao, slikar je imao taj « V » na svojim autoportretima. Gledam te spavati. « The Rembrandt V“ se izbrisalo … Ti više nemaš straha. Ti nisi preplašena. Ti nisi u zasjedi. Ti nisi više progonjena lovina. Potjera je gotova i Ti se odmaraš.

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