Lettre d’Anatole France à Madame de Caillavet

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anatole france

Viens, je suis tout en toi.

Anatole France (16 avril 1844 – 12 octobre 1924), écrivain renommé de la Troisième République, penseur politique engagé pour des causes sociales, Prix Nobel de Littérature en 1921, a abandonné son épouse pour vivre son amour passionnel avec Madame de Caillavet, grande salonnière de l’époque. Le 15 août 1888, à l’âge de 44 ans et au tout début de leur idylle, il envoie à sa maîtresse cet effluve érotique, tendre et doux.

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15 août 1888

Ma bien-aimée,

Si tu savais comme je t’aime, tu m’épargnerais et tu ne m’enverrais pas de fleurs mordues par tes dents. Tes dents, je crois les voir briller dans ton sourire  et ma bouche, et mon âme se fondent sous l’illusion d’un baiser. Tes lèvres me fuient et les débris de la corolle sèche restent là, brûlés par ton souffle. J’y contemple en frissonnant la petite ligne régulière de tes morsures, et toute ma chair crie au souvenir ardent de tes baisers. Oh ! si ! envoie, envoie-moi des fleurs parfumées de ton haleine. Envoie-moi tout ce que tu pourras de toi. Je souffre délicieusement à sentir tous tes effluves. Mais, vois mon orgueil : où je te sens le plus, c’est sur moi.

Je sens que tu as laissé sur moi une part de toi-même. Je me sens sacré, je suis chose divine, puisque je suis ta chose, ô ma maîtresse, ma gloire, ma vérité. C’est dans l’extase que je me représente la consécration que tu as fait de moi en mêlant ta chair à la mienne. Reviens, mourons ensemble de volupté et que tu me sentes en toi jusqu’à l’âme. Quand tu recevras cette lettre… une lettre, oh ! non, un cri de ma chair et de mon sang, quand tu liras ce feu vivant, ma chérie, tu sauras le jour de ton départ ; alors dis-le moi. Je compterai les minutes.

Viens et disons : « tout le reste était un rêve ! ». Viens, je suis tout en toi. […]

( Anatole France, Anatole France et Madame de Caillavet : Lettres intimes 1888-1889, 1984, Nizet. Image : Wikipédia ) - (Source image : Wikipedia / Flickr)
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