Lettre d’Auguste Rodin à Camille Claudel

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Votre vue je vous assure, m’épouvante

D’Auguste Rodin, né le 12 novembre 1840, qu’a retenu la postérité ? Son œuvre monumentale, La porte de l’Enfer, le Baiser, le Rodin balzacien ou son idylle tragique et sublime avec Camille Claudel. De cette relation passionnée et déchirante, qui conduira la jeune femme à la folie, l’asile et la mort, le maître exprime dans cette lettre son détachement naissant qui conduira le couple à la rupture.

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[juin 1895]

Chère Mademoiselle,

Je ferai pour Mr Fenaille ce que vous désirez, le mènerai à votre porte, car il vient chez moi, en face.

Quant au ministre c’est exceptionnel il vient me chercher lundi à l’atelier pour aller chez vous, et je crois que votre intérêt et la politesse veulent que je sois avec lui, pour que nous ne soyons pas ridicules ni lui, ni moi, du reste il y a tout un plan que je désire voir réussir et il me faut la liberté de vous conduire soit maintenant soit plus tard, l’un après l’autre : M. Leygues, M. Poincaré, M. Bourgeois.

De cette façon j’arriverai à quelque résultat. Ce sera la dernière étape pour votre gloire et votre position. C’est dans votre strict intérêt et pour ne pas perdre votre avenir. M. Leygues a parlé avec éloge de vous à M. Bourgeois qui était chez moi hier, de votre valse.

Quant à moi, je ne vous verrai que ce qui sera strictement nécessaire. Votre vue je vous assure, m’épouvante et me rejetterai peut-être dans de plus grandes souffrances. La distance ne l’a tué et je ne cherche plus rien. D’atténuer un peu ma faute était ce que je voulais bien que malade je faisais ce que je pouvais et j’ai bon espoir de voir mes efforts couronnés probablement par une commande qui serait votre affirmation à la vue du monde et qui vous retiendront les amateurs – amis déjà.

Je suis malheureux de votre peine vous le pensez. Je ne viens pas pour moi mais je suis dans la nécessité d’accompagner M. Leygues, Morhardt m’ayant répondu affirmativement et je me suis engagé d’autre part, pour M Fenaille. Il n’est pas convenable que je l’accompagne qu’à votre porte. Tout cela sera mal pris par ces messieurs peut-être. S’il n’y a que du ridicule pour moi, ce n’est rien.

Je vous envoie mes vœux, non pour votre gloire déjà faite mais pour que la sécurité de vos pensées et de votre travail soit assurée.

Votre très dévoué serviteur

Rodin.

N’espérez qu’au jour le jour, et si les laps de temps étaient longs ayez toujours confiance car c’est le dernier effort et votre position sera si belle comme la mienne plus tard mais plus heureuse comme vous le méritez.

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( Camille Claudel, Correspondance, édition d'Anne Rivière et Bruno Gaudichon, Gallimard, coll. Art et Artistes, Gallimard, 2003. )
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