Lettre de Beaumarchais à Amélie Houret de la Morinaie

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beaumarchais

J’ai léché le trou de ton cul avec le même plaisir divin que ma langue a cherché la tienne.

La flamme ne s’éteint pas mais les séparations, disputes et autres infidélités en ont presque raison. Le 2 octobre 1798, peu avant de mourir, Beaumarchais (24 janvier 1732 – 18 mais 1799) adresse à Amélie cette lettre de reproche où le vieillard, âgé de 66 ans, retrace l’infidélité de sa bien-aimée.

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2 octobre 1798

En revenant ce matin de la plus désastreuse conférence, je suis entré chez vous, où j’ai trouvé, en votre place, ce petit mot joli : Viens demain à 11 heures, tout fermé, tout ouvert ! Je suis rentré chez moi où j’ai lu celui ci : J’aime mieux demain à 11 heures. Viens prendre courage et m’en donner ! As-tu ma lettre d’hier soir ?  — Oui, je l’ai lue, et vous m’y dites : Sans doute mon goût pour les plaisirs que la nature permet dans sa clémence, etc. Non, foutue bête toi-même ; il fallait dire : que la nature nous donne et non pas nous permet, pour nous dédommager des peines de ce monde !  Tu l’as donc eu ce goût, dont tu te donnes les airs de te repentir aujourd’hui ? Moi, je t’ai montré du mépris pour avoir aimé le plaisir ? Ose le dire ! Non, je t’ai méprisée pour en avoir gâté le charme en lui ôtant ce qu’il a de divin quand on le donne, ou le reçoit du seul objet de sa prédilection, pour le prostituer à d’autres ! Juge et rappelle-toi à la nature, et à l’ivresse des caresses religieuses dont ton corps a été l’objet de ma part, si j’ai pu, si j’ai dû, pour conserver une liaison qui me devenait détestable ; si j’ai dû dire la sottise : que j’étais vieux et elle jeune encore ! etc., etc.

Ce n’est donc pas des préjugés que ta foutue bête d’ami (pour user de tes propres termes) a rabâché ! C’est du crime d’avoir foutu avec un autre, dans le temps même où ton amant, par ivresse plus que divine, te suçait le con et le cul, comme un dévot traite l’Eucharistie ! Qui, moi ? Je devais pardonner, me dis-tu, dissimuler ce crime affreux contre l’amour ? Non foutre, non !  Encore aujourd’hui, je te fuirais à mille lieues, si je pouvais te soupçonner de te laisser sucer le con, lécher le cul par un autre homme que par moi ! Sais-tu pourquoi j’ai pu te pardonner d’avoir levé tes jupes pour que Manuel te le suçât ; et que je n’ai pas pu obtenir de moi d’indulgence, quand ce petit sot de Froment, de ton aveu, les a levées, quoique tu ne sois convenue avec moi d’autre chose (quand je te l’ai reproché aigrement) sinon de l’avoir laissé se branler devant toi, jusqu’à la décharge complète : ce que tu nommeras s’achever ? C’est que ma juste colère de l’insulte que tu m’avais faite avec ce petit sot pommé, et mon très juste éloignement de toi à cette grave occasion, a pu te faire croire que, ne m’appartenant plus, tu pouvais sans scrupule te laisser putiner par ce farouche député, le con qui n’était plus à moi ! Moi, voulant m’abuser sur ce que j’avais lu de toi, je me suis dit : c’était changer d’amant, mais non partager sa personne ! Au lieu que le petit faquin, à qui tu as, sans doute, tout permis, quoique tu ne m’aies avoué par écrit que l’insolence de son déculottage, et d’un acte odieux que l’on ne se permet qu’auprès d’une putain qu’on méprise, ou qu’on craint de foutre ; ce petit faquin, dis-je, était sans excuse à mes yeux ; nous étions en dispute alors, mais non pas séparés, et toi, pour me punir de t’avoir, disais-tu, traitée légèrement, tu faisais la coquine, ou plutôt te laissais traiter comme une fille par celui que tu n’aimais pas !

M’entends-tu maintenant ? C’était de ta lâche prostitution que tu me plaignais justement ! Car tu avais si bien regardé mes caresses comme une déification que, dans l’excès de ton étonnement, tu avais cru ne pouvoir t’acquitter envers moi qu’en me rendant avec amour les folies que je te faisais, et que tu as doublement couvertes d’un déshonneur ineffaçable : d’abord en te les laissant faire par autrui, ensuite en divulguant avec dédain que je m’étais complu à te rendre ce charmant hommage que tu nommais tibériades, uniquement pour te donner comme une victime dévouée de la tyrannique sujétion où ma crapule t’avait mise ! Ciel ! Ma crapule ! de t’avoir fait la divinité de mon culte ! Voilà la question bien posée, afin qu’il n’en soit plus parlé. Tu ne m’aimes plus, je le sens, malgré tout ce que tu m’écris. Je ne m’en plains pas : je suis vieux et trop infortuné pour être aimable. Mais lorsque tu me dis : viens, apporte-moi ton prurit et je le panse du secret, je te réponds : non, foutre, non. J’ai pu le souffrir sans scrupule lorsque le même hommage te charmait de ma part : je rougis de penser que je soumettrais mon amie à un plaisir qu’elle ne partage plus : non. C’est n’est pas cela qui peut me plaire de ta part : c’était ce bonheur exclusif avec lequel ma langue suppléait à la faiblesse de mon vit ! Quand je croyais te l’avoir fait goûter, le plaisir de foutre pour moi, je l’acceptais de toi, avec la simplicité d’un retour que tu semblais accorder par amour à celui qui t’idolâtrait. Ce temps, Amélie, est passé, et le charme non raisonné d’une réciprocité de ce culte religieux, par lequel deux amants cherchent à se prouver que tout leur est cher l’un de l’autre, est fini pour nous deux.  Tu n’auras pas sur moi l’avantage d’un sacrifice dont tu veuilles encore te vanter. J’ai sucé ta bouche rosée. J’ai dévoré le bout de tes tétons. J’ai mis avec délices et mes doigts et ma langue dans ton con imbibé de foutre. J’ai léché le trou de ton cul avec le même plaisir divin que ma langue a cherché la tienne. Quand, pardonnant à ma faiblesse, tu as versé le foutre de l’amour en remuant ton cul chéri sur ma bouche altérée de ce foutre divin, je t’ai laissée faire sur moi tout ce qu’il a plu à la tienne. Ce temps de délire est passé. Quoique j’aie un besoin extrême d’une consolation animée, je n’irai pas chez toi demain disputer sur les différences de nos façons de nous aimer, dont tu ne rends la tienne autant austère que bégueule que pour l’insipide plaisir de vouloir me prouver que ton amour est le plus délicat ! Ta triste supériorité m’attriste et détruit mon bonheur naïf. À moins que toi qui m’écris foutue bête, mettant à m’inviter cette simplicité charmante, ne m’écrives naïvement : Viens me dire que tu m’aimes, viens ! Que nos langues se foutent après avec le charme d’autrefois ! Viens langoter le con, le cul de ton amie. Viens puiser une goutte de foutre au con de la bégueule qui te dit foutue bête, et si je suis bien contente de toi, je te rendrai avec amour le plaisir que tu m’auras fait.

Si tu ne m’écris pas cela ce soir avant de te coucher, sauf à me le faire tenir demain matin à mon réveil, tu ne verras pas ton ami qui, forcé de sortir à huit heures et un quart, ne pourra peut-être pas te rapporter ta douce lettre avant onze heures et demie ou midi. Mais si je la reçois ou ce soir, ou demain matin, je brusque tout pour aller remonter ton courage et le mien, par notre eucharistie d’amour.

( Beaumarchais, Houret de la Morinaire, Lettres d'amour, 2007, Fayard ) - (Source image : Jean-Marc Nattier, Portrait de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, 1755, huile sur toile, collection privée, Londres, © Wikimedia Commons / François Boucher, Vénus consolant l'Amour (détail), 1751, huile sur toile, National Gallery of Art, © Wikimedia Commons)
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