Lettre de Billie Holiday à Tallulah Bankhead

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Et si tu veux la merde, nous pouvons en faire une vraie fête.

Billie Holiday ( 7 avril 1915 – 17 juillet 1959 ), légende du jazz à la voix extraordinaire, « Lady Day » fut aussi une femme aux prises à de multiples démons. Elevée dans des maisons de redressement pour jeunes noirs, elle connaîtra une vie tumultueuse, ponctuée de séjours en prison pour ses nombreuses addictions, jalonnée de conquêtes amoureuses de tous bords. Cette seigneure du jazz pouvait avoir des coups de sang mémorables !

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Chère Mlle Bankhead :

Je pensais faire partie de tes amis. C’est pourquoi il n’y avait, dans mon livre, rien de désobligeant à ton propos, rien de méchant ou de calomnieux. Comme je ne voulais pas te traîner dans la boue, j’ai essayé de te joindre six fois le mois dernier par téléphone, afin de te parler de la biographie, par politesse. Mais cette salope qui travaille pour toi et qui se fait passer pour toi n’a pas arrêté de me dire de rappeler ; j’ai eu droit sans fin à la même rengaine jusqu’à ce que j’abandonne. Par contre, cela ne t’a  pas gêné de parler à Doubleday pendant que je travaillais hors de la ville afin de lui suggérer derrière mon putain de dos que j’avais essayé de te la faire à l’envers et/ou que j’avais inventé ces petites anecdotes sur toi dans mon livre.

Chérie, Cliff Allen et Billy Heywood sont toujours là. Ma femme de ménage qui m’accompagnait au Strand n’est pas morte non plus. Tant de personnes se souviennent de ton comportement, qui m’a presque valu d’être expulsée.

Et si tu veux la merde, nous pouvons en faire une vraie fête. Nous pouvons tous nous amuser ensemble !

Je ne sais pas si tu as engagé l’un de ces putains d’avocats pour qu’il te dise quoi faire, ou pas. Si je t’écris cette lettre, c’est pour te donner une chance de me répondre rapidement et de présenter des excuses, à moi-même et à Doubleday. Relis mon livre. Je crois avoir compris qu’ils t’ont envoyé un double du manuscrit. Il n’y a rien à l’intérieur qui pourrait te blesser. Si tu penses le contraire, parlons-en ensemble comme je le souhaitais le mois dernier. La presse va prendre le relais, alors ce n’est plus le moment pour  faire ces singeries.

Redresse-toi et vole droit, Banky ! Personne ne cherche à te traîner dans la boue.

Billie Holiday.

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