Lettre de Charles Bukowski à Carl Weissner

2

min

AVT_Charles-Bukowski_1208

Je serai tout seul et cette machine à écrire sera une véritable mitraillette…

Charles Bukowski (16 août 1920 – 9 mars 1994), écrivain américain d’origine allemande proche de la Beat Generation, est connu pour sa vie sulfureuse au moins autant que pour ses écrits (romans, nouvelles et poèmes) inspirés et inclassables. Après une enfance difficile, et déjà fortement marqué par l’alcool au début de l’âge adulte, Bukowski se forge un personnage de marginal, laid et rejeté, qui ne le quittera plus. La lettre suivante date de 1969, c’est-à-dire l’année de la parution de son premier grand recueil au titre évocateur, Journal d’un vieux dégueulasse.

A-A+

mi-novembre 1969

[…] De toute manière, c’est certain, je ne peux plus mettre un pied à la poste. Ils me détestent royalement tout simplement à cause de ceci et cela et ceci et cela, à cause de diverses rumeurs, fondées ou non, comme par exemple la nuit où j’ai menacé de défoncer la gueule à un type en chaise roulante… c’était vrai, mais c’était pour blaguer et quand des types de 30 ans plus jeunes que moi commencent à sortir de la baraque en courant parce que je leur ai dit qu’ils seraient les prochains, je me suis demandé : pourquoi je ferais plaisir à ces connards ? Alors tu vois, Carl, avec toutes ces histoires, j’ai pas besoin de forcer la dose, je suis sur la liste noire de cette ville de lèche-cul, de coteries, je suis dans cette grosse chatte sanglante de ville fantôme…

Autant dire que je deviens dingue et que je ne supporterai plus très longtemps ce boulot à la poste. J’ai deux possibilités : soit je reste à la poste et je deviens cinglé (ça fait onze ans que je bosse là-dedans) soit je me tire et je joue à l’écrivain et je crève de faim. J’ai choisi de crever de faim. À la fin du mois de novembre, je vais démissionner et j’aurai besoin de TON AIDE ! […]

La pension alimentaire que je verse n’est que de 45$ plus les à-côtés, et j’espère trouver un endroit moins cher où vivre. […]

Ai vendu de bonnes histoires à des magazines pornos qu’Evergreen n’avait pas retenues. Ce qui fait que je pourrai toujours compter sur cette vieille machine à écrire pour m’assurer des sources de revenus complémentaires. […]

Donc, après le 1er décembre, je serai tout seul et cette machine à écrire sera une véritable mitraillette… j’ai du moins envisagé la chose comme telle. Ça ne veut pas pour autant dire que je le ferai pour l’argent, mais je le ferai pour la chance. C’est une foutue décision à prendre quand on a 50 ans… je bazarde un boulot que la plupart des hommes adoreraient ! Mais je ne suis pas la plupart des homme. […]

Ma petite fille est si belle, Karl, Carl, tu ne l’as jamais rencontrée n’est-ce pas ? Elle chante London Bridge Is Falling dans sa chambre. La femme pense que London B. est corrompu. Elle est du genre radical… o.k. Quand le soleil se mettra à faire des bons, nous serons les premiers à en être informés.

bukowskicorrespondance
( Charles Bukowski, Correspondance 1958 - 1994, traduit de l'américain par Marc Hortemel, Paris, Grasset, 2005. ) - (Source image : Babelio.com)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

Plus de Bukowski ?

Lettre de Charles Bukowski à Jory Sherman : « Tous les poètes du monde entier sont des alcoolos. »

Lettre de Charles Bukowski à Jon et Louise Webb : « Si le monde devait disparaître dans un quart d’heure, que feriez-vous ? »

Lettre de Charles Bukowski à John William Corrington : « En définitive, la création pure portera toujours en elle ses propres réponses »

les articles similaires :

Un commentaire

  1. Réj Rosiers

    Ce n’est pas un jeu
    C’est une transition
    Une fenêtre à ouvrir
    Une échelle pour pouvoir y voir
    Y vendre son temps
    Y détruire l’ensablement

    Ce n’est pas un jeu
    C’est une peinture
    Une image pour paraitre
    Une allusion à l’existence
    Pour apprendre les couleurs
    Pour épeler noir

    Ce n’est pas un jeu
    Ce n’est pas une manière
    Ce n’est pas fondé
    J’ai demandé de devenir
    D’apprendre à vous nourrir
    À démissionner avant de vivre

    Ce n’est pas un jeu
    C’est un vœu
    Pour balancer toutes les voyelles
    Et ne garder que les grognements
    Cette lueur toxique
    Du pouvoir de ne rien dire

    Ce n’est pas un jeu
    Les possibilités se déroulent
    Comme une toile qui se déchire
    Comme une page d’un blanc pur
    Une plage de sable
    Une plage sans eau

    Ce n’est pas un jeu
    C’est une transition
    Une fenêtre à ouvrir
    Une échelle pour pouvoir y voir
    Y vendre son temps
    Y détruire l’ensablement

    Réjean Desrosiers © 2017 03 09 006

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.