Lettre de Charlie Chaplin à sa fille, Géraldine

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Je veux croire en cette nuit de Noël, la nuit des miracles.

Le plus célèbre des clowns, l’acteur et réalisateur mythique, jamais égalé, Chaplin en personne, souhaite un bon Nöel à sa fille Géraldine. Quand la tendresse s’en mêle, la lettre devient irrésistible. Mais la réalité dépasse le conte de Noël : cette lettre est un faux, anonyme.

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Décembre 1965

Ma fille !

C’est la nuit. La nuit de Noël. Tous les soldats sont endormis dans ma petite forteresse. Ton frère et ta soeur dorment. Même ta mère est endormie. J’ai failli réveiller les filles, en entrant dans la chambre à demi-éclairée. Comme tu es loin de moi ! Où es tu ? Là-bas, dans ce Paris fabuleux, dansant sur la grande scène du théâtre des Champs-Elysées. Je le sais, et pourtant il me semble entendre tes pas dans le silence de la nuit et voir yeux briller comme des étoiles dans le ciel d’hiver.

[…] J’ai vu tes rêves, Géraldine, j’ai vu ton futur, ton destin. J’ai vu une fille danser sur la scène, féerique, traversant le ciel. J’ai entendu le public dire  : » Vous avez vu cette fille ? C’est la fille d’un vieux fou. Tu te souviens ? Il s’appelait Charlie ? », Oui,  c’est moi Charlie ! Je suis un vieux fou ! C’est ton tour. Danse ! J’ai dansé dans des pantalons larges et déchirés, et tu danses dans une robe de princesse en soie. Ces danses et ces applaudissements finiront chanterons tes louanges au paradis. Vole ! Vole là-bas ! Mais redescend sur terre ! Tu dois penser à la vie des autres, aux vies des danseurs de rues qui dansent en tremblant de faim et de froid. J’étais comme eux, Géraldine. Ces nuits-là, ces nuits magiques où tu t’endormais, bercée pas mes histoires, je restais éveillé.

Je regardais ton visage, j’écoutais les battements de ton coeur et je me demandais : « Charlie, ce petit chaton t’a-t’il jamais vraiment connu ? Tu ne me connais pas, Géraldine. Je t’ai raconté bien des histoires durant ces nuits où tu étais enfant, mais jamais celle-ci. Mais cette histoire aussi est intéressante. C’est l’histoire d’un idiot affamé qui chantait et dansait dans les quartiers mal-famés de Londres pour mendier. C’est mon histoire ! J’ai connu la faim, ce que c’est de ne pas avoir de toit au-dessus de sa tête. Plus encore, j’ai ressenti dans ma poitrine la douleur du vagabond-farceur, elle réveillait la rage d’un océan de fierté, et cette fierté était profondément blessée par les pièces qu’on lui jetait. Et pourtant je suis en vie, alors arrêtons ici.

[…] Un soir peut-être, au dîner, tu seras aveuglée par l’éclat des diamants. Et pourtant, au même moment, tu tangueras dangereusement sur le fil, et inévitablement, tu tomberas. Un jour peut-être, tu seras captivée par le beau visage d’un prince. Ce même jour, tu seras comme une funambule inexpérimentée, mais ta chute sera la plus simple du monde. Ne vends pas ton coeur contre de l’or et des bijoux. Sache que le plus gros des diamants est le soleil. Fort heureusement, il brille pour le monde entier. Et quand l’heure sera venue et que tu tomberas amoureuse, tu aimeras cet homme de tout ton coeur. J’ai dit à ta mère de t’écrire à ce sujet. Elle comprends mieux l’amour que moi et elle fera de son mieux pour t’en parler.

[…] Je veux croire en cette nuit de Noël, la nuit des miracles.

Je souhaite qu’un miracle se produise, et que tu comprennes vraiment ce que je veux te dire. Charlie est déjà vieux, Géraldine. Tôt ou tard, au lieu de revêtir ta robe blanche, ton costume de scène, tu devras porter tes habits de deuil et venir sur ma tombe. Mais je ne veux pas te faire de peine. Regarde juste un instant dans le miroir, tu y verras mes traits. Mon sang dans tes veines. Et même quand mon sang sera froid dans mes veines, j’espère que tu n’oublieras pas ton père, Charlie. Je n’étais pas un ange, mais j’ai toujours voulu être un homme. Essaye de faire de même.

Je t’embrasse, Géraldine.

Ton Charlie

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