Lettre de Clara à Robert Schumann

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Demeure fidèle comme moi jusqu'à la mort.

En 1819 naissait Clara Schumann. Robert et Clara Schumann forment le couple romantique par excellence : compositeur majeur du romantisme allemand ivre d’amour pour la jeune et brillante pianiste, il deviendra fou avant de mourir à l’hospice alors qu’elle s’unira à Brahms, son meilleur ami. Les débuts de leur idylle furent mouvementés : face au refus du père de Clara Schumann d’autoriser ce mariage, ils durent fuir et s’exiler à Paris pour lui intenter un procès avant de gagner le droit de se marier, le 12 septembre 1840, la veille de l’anniversaire de la mariée. Voici donc une lettre pré-maritale.

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2 août 1839

Mon cher Robert adoré,

J’ai le cœur gros aujourd’hui parce qu’il faut que je t’écrive ce que j’ai envie de t’écrire depuis assez longtemps ; j’ai beaucoup lutté avant de m’y décider, mais il le faut, ça concerne notre bonheur.

Je suis terriblement malheureuse à l’idée d’être séparée encore de toi pendant de longs mois. Mais nous ne pourrons pas encore nous marier à Pâques prochain ; ne perds pas courage, moi je demeure forte ; crois-moi, nous ne serions pas heureux.

[…] J’ai écrit à mon père qu’il m’assure de son consentement si, toi, tu ne peux prouver même que mille thalers ; de mon côté, je lui promets de ne t’épouser qu’avec la perspective d’une vie dénuée de soucis. Je l’ai fait parce qu’il fallait que je le fasse ; mais j’ai ajouté que jamais je ne te quitterai, que tu es le seul au monde que j’aime et que j’aimerai, et cela je te le répète et te l’affirme encore une fois. Jamais je ne te laisserai, jamais je ne cesserai d’être ta Clara à toute épreuve. Comme j’ai dû lutter avant de me décider à t’écrire, avant de t’arracher à tes doux espoirs, mais je ne pouvais plus supporter d’être seule à connaître cette décision. Robert, sois un homme, ne te laisse pas aller à un trop grand chagrin, n’est-ce pas ?

Tu t’imagines dans quel état je peux être et quel souci immense je me fais pour toi. Ah ! si seulement j’étais auprès de toi – mon désir de te voir me torture. La pensée que tu pourrais m’en vouloir un instant me désespère, oh ! non, tu sais combien je t’aime, tu sens que jamais tu ne seras aimé ainsi, et qu’il n’y a pas un homme aussi aimé que toi. En es-tu persuadé ? Je t’en prie, écris-moi tout de suite et aussi tout ce que tu ressens, même si c’est de la colère ! Ecris-moi aussi si tu m’aimes encore ? Chaque heure, je t’aime davantage, tu me crois ?

[…] Je ne peux t’en écrire davantage aujourd’hui, mon cœur déborde et le tien aussi, sans doute…

Si dans cette lettre tu trouves un mot qui te blesse, pardonne-le moi. Je t’apparais peut-être comme un peu froide, mais jamais mon cœur n’a battu plus fort pour toi. Je ne peux pas t’en dire davantage, réponds-moi tout de suite et tranquillise-moi.

Prends garde à ta santé, je te le répète souvent. Ta vie est la mienne. Je t’embrasse le plus tendrement du monde, et demeure immuable dans mon amour.

Demeure fidèle comme moi jusqu’à la mort. Laisse-moi encore te serrer la main. Ah ! si seulement je pouvais te voir, et te prêcher le courage, partager tes sentiments. Que le Ciel te protège – et qu’Il écoute mes prières.

Clara.

couvschum

( Lettres d'amour, Robert et Clara Schumann, Ed. Buchet/Chastel, 1976 ) - (Source image : Clara Schumann (1819-1896) par Franz Hanfstaengl, circa 1850, © Wikimedia Commons / Robert Schumann in an 1850 daguerreotype by Johann Anton Völlner, march 1850, © Wikimedia Commons)
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