Lettre de Françoise Giroud à un jeune député

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Ce qui explique la résignation des Françaises devant une législation qui les contraint au plus morne des crimes

Françoise Giroud (1916-2003), journaliste, écrivain et femme politique, engagée, écrit ici, en 1956, une lettre ouverte à un député sur la question de l’avortement. Sa manière de formuler le sujet rend presque irrecevable une quelconque contestation du propos et fait de cette lettre un petit manifeste de la défense du droit des femmes à disposer de leurs corps.

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23 octobre 1956

Vous êtes, Monsieur le jeune député, impatient de briller et de vous faire connaître. Vous avez trente-cinq ou trente-huit ans, de l’audace, des électrices et – du moins je l’espère – des enfants. Pourquoi des enfants ? Parce qu’ils seront utiles au dessein que timidement je forme de vous rendre populaire – ce qui n’est pas si courant – et utile – ce qui l’est moins encore.

Peut-être avez-vous entendu parlé d’une loi du 31 juillet 1920. […]

Les articles 1 et 2 visent à punir tentatives d’avortement et intention de provoquer l’avortement. Son efficacité n’est plus à démontrer. Là où es médecins comptent 800 000 cas par an, les tribunaux en ont connu 2022 en 1947. Serez-vous d’accord pour considérer qu’une loi à laquelle échappent 40 000 des coupables, n’est pas une loi bien faite ? […]

Les articles 3 et 4 de la même loi punissent la propagande anticonceptionnelle sous toutes ses formes. c’est à dire que, si mariant votre jeune frère, vous lui avez dit :  » Et puis débrouille-toi pour ne pas avoir d’enfants avant un ou deux ans… » vous vous êtes rendus coupable et relevez des tribunaux. […]

Ce qui explique le résignation des Françaises devant une législation qui les contraint au plus morne des crimes, c’est l’ignorance où elles sont demeurées des moyens modernes contraceptifs, non seulement diffusés, mais recommandés en Scandinavie, en Angleterre, aux Etats-unis. Beaucoup en sont arrivées à considérer l’avortement comme une fatalité inhérente à la condition féminine. On se communique des adresses comme s’il s’agissait de couturières. On en fait pas un drame. on a honte, on a mal, on a peur. Quoi ! C’est le sort commun.

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