Lettre de George Sand à Musset

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George_Sand

Ah ! tu m’aimes encore trop, il ne faut plus nous voir.

George Sand (1804-1876) rencontre Alfred de Musset (1810-1857) en 1833. Ils partent ensemble à Venise mais Musset tombe malade. Il est soigné par le médecin Pietro Pagello – auquel il est fait référence dans cette lettre – et avec lequel Sand a eu une aventure pendant qu’ils veillaient Musset. Musset ayant découvert leur relation quitte Venise. Quelques mois plus tard, il part pour Baden-Baden d’où il adresse à George Sand, de retour à Nohant, une lettre enflammée : « dis-moi que tu me donnes tes lèvres, tes dents, tes cheveux, tout cela, cette tête que j’ai eue […]. Quand j’y pense, ma gorge se serre, mes yeux se troublent, mes genoux chancellent ; eh ! il est horrible de mourir, il est horrible d’aimer ainsi. » Dans la lettre qui suit, Sand met ces paroles à distance ; il s’agit, ici, d’une préfiguration de rupture. La « définitive » aura lieu l’année suivante.

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vers le 7 septembre 1834

Nohant

Je t’écris sur un album, d’un petit bois où je suis venue me promener seule, triste, brisée, et où je lis ta lettre de Baden. Hélas ! hélas ! qu’est-ce que tout cela ? pourquoi oublies-tu donc à chaque instant, et cette fois plus que jamais, que ce sentiment devait se transformer et ne plus pouvoir par sa nature faire ombrage à sa personne ? Ah ! tu m’aimes encore trop il ne faut plus nous voir. C’est de la passion que tu m’exprimes, mais ce n’est plus le saint enthousiasme de tes bons moments. Ce n’est plus cette amitié pure dont j’espérais voir s’en aller, peu à peu, les expressions trop vives. Et pourtant, je ne m’en inquiétais pas de ces expressions, elles étaient la poétique habitude de ton langage de poète : Et moi-même, est-ce que je pesais et mesurais les mots ? Pour d’autres que pour nous ils eussent peut-être signifié autre chose, je n’en sais rien. Je sais, je croyais savoir, du moins, que pour nous trois, ils manifestaient un amour de l’âme où les sens n’étaient pour rien. Eh bien voilà que tu t’égares et lui aussi ! […] Est-ce que l’amour élevé et croyant est possible ? Est-ce qu’il ne faut pas que je meure sans l’avoir rencontré ? Toujours saisir des fantômes et poursuivre des ombres ! je m’en lasse. Et pourtant je l’aimais sincèrement et sérieusement cet homme généreux, aussi romanesque que moi, et que je croyais plus fort que moi. Je l’aimai comme un père, et tu étais notre enfant à tous deux. Le voilà qui redevient un être faible, soupçonneux, injuste, faisant des querelles d’allemand et vous laissant tomber sur la tête ces pierres qui brisent tout ! et moi, il ne me faut plus songer à vivre. Oh ! que je suis malheureuse, je ne suis point aimée, je n’aime pas ! Me voilà insensible, un être stérile et maudit ! — Et toi, tu viens me parler de transports d’ivresse, de désirs. Que t’ai-je fait, insensé, pour que tu brises tout dans mon âme, la confiance en toi et en moi-même ? — J’ai consommé mon suicide le jour où j’ai cru te sauver par l’amitié.

( SAND (George), Lettres d'une vie, Folio Classique, 2004 ; Image : taken by User:Mathiasrex Maciej Szczepańczyk )
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2 commentaires

  1. ferry.monique@hotmail.fr

    Je suis une fan de George Sand . Je suis allée lors du bicentenaire de sa naissance à Nohant et je suis allée jeté un caillou dans l ‘endroit ou elle a écrit la mare au diable . Pourquoi suis -je fan de George Sand ? Je suis née le 2 juillet et elle le 1ier juillet j’ai visité sa maison et les autres endroits ou elle aimait y aller selon son humeur . Je me retrouve en elle ,les mêmes points communs J’étais musicienne « piano »,elle aimait Listz comme moi sa maison me plaisait ,elle faisait ses confitures comme moi ,elle était généreuse ,comme moi ,elle aimait recevoir des personnalités littéraire ou autre ,comme moi je fais parti d’une association  » d’apprentis philosophes » et j’assiste à des soirées littéraire chez l’habitant « . UNE FEMME DE CARACTERE « 

  2. jpm2717@gmail.com

    Au chant d’amour de Musset, George Sand lui demande: »que t’ai-je fais insensé, pour que tu brises tout dans mon âme, la confiance en toi et en moi-même? ». Beaucoup de gens se jette aux pieds de l’amour pour l’amour, ce qui est plutôt bien différent d’être amoureux. George Sand nous donne le pouvoir de rejeter l’amour non-partagé dans cette lettre à Musset au sujet de son grand amour à l’endroit de l’auteur.

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