Lettre de Georges Brassens à André Larue

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Georges Brassens

Moi qui ai trouvé en toi un peu de ce que j'ai et beaucoup de ce qui me manque.

Georges Brassens (22 octobre 1921 – 29 octobre 1981) célèbre poète-auteur-compositeur et interprète français, nous a légué beaucoup de belles lettres amicales teintées de réflexions sur sa société, son temps et ses contemporains. Cette lettre, adressée à André Larue, son biographe et ami, en est un exemple même, triste et émouvante.

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25 août 1945

[…] Une chose me peine, c’est que ce chef-d’oeuvre (qui sera sans doute étudié lorsque nous ne serons plus de ce monde) devra sa puissante à l’imbécilité des singes fanatiques et des ignobles mercantis ou snobs que le préjugé des vacances t’oblige à coudoyer quelque temps.
Oui, quand, dans une centaine d’années, un homme lira ce poème, il évoquera malgré lui l’état d’esprit dans lequel je me trouvais en le composant. Il ne se doutera pas, en le récitant, qu’en couchant ces vers sur le papier, je ne pense si à l’impossibilité de la vie ni à l’insistance de l’homme, mais (et cela lui paraîtrait encore moins possible que la vie) à toi, à ta lettre, aux Américains, à la bombe atomique, aux Allemands, au FFi, aux alpinistes, et à ceux qui vivent bassement, à toutes ces fausses réalités, à toutes ces inepties qui écartèlent le coeur. cela vaudra mieux, au reste.
[…] Moi qui ai trouvé en toi un peu de ce que j’ai et beaucoup de ce qui me manque, je ne me consolerai jamais de ta disparition prématurée. Et ce n’est pas en égoïste que je pleurais. Je pleurais aussi et surtout les jouissances morales que je n’aurais pas eu le temps de te donner.

( Georges Brassens, oeuvres complètes, Le Cherche Midi, 2007. )
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