Lettre de Henri Gautherot à ses parents

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Je pars sans faiblesse et sûr de mon innocence.

Henri Gautherot était un jeune résistant, secrétaire des Jeunesses communistes de Gentilly pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le 13 août 1941, son parti organise une manifestation à laquelle il participe à Paris. La répression allemande est sans appel : Henri Gautherot prend la fuite mais il est arrêté dans une loge de concierge au 37 boulevard Saint-Martin. Il sera fusillé quelques jours plus tard, le 19 août, à l’âge de 21 ans. Voici la dernière lettre qu’il adressa à sa famille.

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19 août 1941

Mes Chers Parents,

Je vous envoie cette lettre pour vous expliquer qu’à l’heure où vous lirez cette lettre, je serai parti pour un long voyage, car demain, mardi à six heures, c’est la dernière sortie. J’espère que vous ne souffrirez pas trop de cette disparition, le destin est tragique, il faut que vous soyez, comme moi, forts et courageux, pas une larme de trop je n’ai versée.

Ma petite Maman chérie, je te demande pardon du chagrin que je vais te causer, je n’ai pas besoin de te dire que je ne mérite pas cela, ton cœur de mère le sait déjà, mais je ne vue pas que tu souffres trop de ma disparition. Il faut être aussi forte que moi, que l’approche de la mort ne fait pas trembler. Un Français sait mourir, surtout un innocent. J’ai demandé pour les derniers moments un prêtre, je ne partirai donc pas comme un chien puisque j’aurai les sacrements de l’Église. J’espère que, dans ton malheur, tu seras contente, ma petite Mamn, de savoir qu’un prêtre m’a aidé à passer le cap final de la vie à vingt et un ans. Maman, je serai toujours près de toi. Promets-moi sur mon âme que tu seras forte pour permettre à notre cher petit Bébert de devenir un homme. Reçois, ma petite Maman, les gages de mon affection qui jamais n’a failli à ton égard.

Mon petit Papa, pour toi c’est autre chose, tu es un soldat, tu sais que je pars sans faiblesse et sûr de mon innocence. Je saurai mourir comme meurt un Français. Quant à mon logement et [à] mes meubles, prenez-les pour vous, ou vendez-les, mais j’espère qu’en souvenir de moi, vous les garderez. Si bénéfices il y a, je demande à ce que mon petit Bébert les reçoive. Mon Cher Père, je vais te quitter en t’embrassant bien fort, et je compte sur toi pour soutenir Maman et pour faire savoir que, jusqu’au bout, j’ai été un vrai Français. Je n’ai eu, ni pendant le jugement, ni après, ni au moment du départ une seule défaillance. Je viens de recevoir l’absolution d’un prêtre et je vais recevoir la communion. Dis à Tante Marcelle que je vais mourir avec le Bon Dieu et en pensant beaucoup à elle.

Mon petit Bébert chéri, rappelle-toi souvent de ton grand frère et sois très courageux. Aide Maman à soutenir sa douleur, sois son aide, son soutien, remplace-moi auprès d’elle. Ne trahis pas la confiance que j’ai mise en toi. Tu es maintenant un petit homme, sois un grand Français. Je te prie de dire à tous mes amis et aux tiens que je suis mort courageusement. Cher petit Bébert, je t’embrasse du plus profond de mon cœur et emmène avec moi un très doux souvenir de notre vie familiale.

Dites à notre chère famille que ma pensée est partie longuement sur chacun d’entre eux et que je vous prie de les embrasser tous.

Votre fils qui vous demande pardon de la peine qu’involontairement il vous cause.

Henri Gautherot.

( La vie à en mourir, Lettres de fusillés, 1941-1944, Taillandier ) - (Source image : Lasbareilles and Ahmadiyya Jabrailov from Azerbaijan. French resistance. © Wikimedia Commons)
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2 commentaires

  1. evelyne.montp@gmail.com

    Quel extraordinaire dame que Germaine Tillon ! Le mot Courage peut porter son nom. Même face au pires des drames comme la perte de sa Maman sur laquelle elle avait veillé dans le Camp d’Extermination, elle relève la tête et à partir de la libération elle sera avec force, intelligence , humour et Humanité de tous les grands combats. Merci Madame.

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