Lettre de Jackie Kennedy à Nikita Khrouchtchev

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kennedykroutchev

J'envoie cette lettre parce que je suis profondément convaincue de l'importance de la relation qui existait entre vous et mon mari

Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy était brutalement assassiné à Dallas (Texas). La nouvelle choqua le monde entier. Trois jours après le drame, c’est le pays tout entier qui, sur place ou par écran interposé, assistait aux funérailles du trente-cinquième président des États-Unis. Jackie Kennedy, désormais veuve, allait devoir quitter la Maison Blanche. C’est dans ce lieu de pouvoir emblématique qu’elle choisit de s’adresser à Nikita Khrouchtchev, dirigeant de l’URSS. Aussi informelle qu’émouvante, cette lettre témoigne de la volonté de l’ex First Lady de poursuivre le travail engagé par son mari, et de préserver les relations établies avec le dirigeant soviétique.

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1er décembre 1963

Cher Président,

Je tiens à vous remercier d’avoir envoyé M. Mikoyan pour vous représenter aux funérailles de mon mari.

Il a semblé si peiné quand il a passé la ligne, et j’ai été très émue.

Ce jour-là, j’ai essayé de lui transmettre un message pour vous – mais comme il s’agissait d’une journée si terrible pour moi, je ne sais pas si mes mots sont sortis comme je le voulais.

Maintenant, alors que je passe une de mes dernières nuits à la Maison Blanche […] je voudrais vous écrire mon message.

Je l’envoie uniquement parce que je sais combien mon époux tenait à la paix, et combien la relation que vous aviez était centrale dans ce souci qui occupait son esprit. Il avait l’habitude de vous citer dans certains de ses discours : « Dans la prochaine guerre, les survivants envieront les morts. »

Vous et lui étiez adversaires, mais vous étiez alliés dans votre détermination à ce que le monde ne soit pas détruit. Vous vous respectiez et pouviez vous entendre. Je sais que le Président Johnson fera tous les efforts possibles pour établir la même relation avec vous.

Le danger qui hantait mon mari était que la guerre puisse être déclarée, non par des grands hommes mais par des petits.

Les grands hommes savent qu’il est nécessaire de se contrôler et de se restreindre – les petits sont parfois plus motivés par la peur et la fierté. Si seulement à l’avenir les grands hommes pouvaient continuer de faire asseoir les petits autour d’une table pour parler, avant qu’ils ne commencent à se battre.

Je sais que le Président Johnson poursuivra la politique en laquelle mon époux croyait tant – une politique de contrôle et de retenue – et il aura besoin de votre aide.

J’envoie cette lettre parce que je suis profondément convaincue de l’importance de la relation qui existait entre vous et mon mari, et aussi à cause de votre bonté, et de celle de Mme Khrouchtchev à Vienne [ville où elle a rencontré le dirigeant de l’URSS, ndlr].

J’ai lu qu’elle a eu les larmes aux yeux lorsqu’elle a quitté l’ambassade américaine à Moscou, après avoir signé le livre de condoléances. S’il vous plaît, remerciez la.

Sincèrement,

Jacqueline Kennedy

( http://www.atlantico.fr/decryptage/dernieres-nuits-maison-blanche-message-tres-personnel-jackie-kennedy-khrouchtchev-semaine-apres-assassinat-mari-903832.html ) - (Source image : Jacqueline Kennedy in Fort Worth, Texas, on Friday morning, by Cecil W. Stoughton, November 22, 1963, © Wikimedia Commons / Berlin, Nikita Chruschstschow, 28 June 1963, German Federal Archives, © Wikimedia Commons)
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