Lettre de James Joyce à Nora Barnacle Joyce

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Ô se peut-il que nous soyons désormais sur le point d'entrer dans le paradis de notre vie ?

James Joyce, l’un des plus grands écrivains du XXe siècle (né le 2 février 1882 et décédé le 13 janvier 1941), auteur d’Ulysse et de Finnegans Wake, est indissociable de sa ville natale (Dublin) et de sa femme, Nora, une source constante d’inspiration. Orageuse et passionnée, la relation avec sa muse dure jusqu’à la mort de l’écrivain. Les lettres que le romancier lui adresse, crues, exaltées et radicales, ont fait scandale lors de leur publication. Mais celle-ci, bien au contraire, témoigne d’un Joyce tendre et presque lyrique.

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5 septembre 1909

44 Fontenoy Street, Dublin

Ma très chère petite-fille,
[…]

Ma chérie, ce soir j’étais au Gresham Hotel et on m’a présenté à une vingtaine de
personnes à qui on avait raconté la même histoire : que j’allais devenir le grand écrivain
dans mon pays. Tout ce bruit et ces flatteries autour de moi ne m’émouvaient guère. J’ai cru
entendre mon pays qui m’appelait et ses yeux se tourner vers moi avec espoir. Mais Ô, mon
amour j’ai aussi pensé à autre chose. J’ai pensé à la personne qui me tenait la main comme
on tient un galet, dont l’amour et la présence doivent encore m’enseigner les secrets de la
Vie. J’ai pensé à toi, ma chérie, tu vaux plus pour moi que le monde ENTIER.
Guide-moi, ma sainte, mon ange. Conduis-moi loin. Tout ce qui est noble et exalté et
profond et vrai et émouvant dans ce que j’écris vient, je le crois, de toi. Ô prends moi au
tréfonds de ton âme et alors je deviendrai vraiment le poète de ma race. Je le ressens en
l’écrivant, Nora. Bientôt, mon corps pénétrera le tien, Ô si mon âme pouvait faire de même !
Ô si je pouvais me blottir dans ton ventre comme un enfant né de ta chair et de ton sang,
être nourri de ton sang, dormir dans l’obscurité secrète et chaude de ton corps !

Mon amour sacré, ma chère Nora, Ô se peut-il que nous soyons désormais sur le
point d’entrer dans le paradis de notre vie ?

Ô, comme il me tarde de sentir ton corps mêlé au mien, de te voir défaillir et défaillir
et défaillir sous mon baiser !
Bonne nuit, bonne nuit, bonne nuit !

Jim

joycelettersgilbert
( James Joyce, Letters of James Joyce. Vol. I, edited by Stuart Gilbert, New York, Viking, 1957. (Reissued with corrections : 1966) / Traduction DesLettres ) - (Source image : James Joyce (détail). Photo by C. Ruf, Zurich, ca. 1918, Cornell Joyce Collection © domaine public)
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