Lettre de Jean Mounet-Sully à Sarah Bernhardt

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Adieu donc, et bien adieu cette fois, ma pauvre fille.

Jean-Mounet Sully (1841-1916) a partagé l’affiche de la Comédie-Française avec Sarah Bernhardt pour la création de Ruy Blas en 1873. S’ils évoluent dans un milieu où la liberté de mœurs est de mise, cela n’empêche pas les amants d’éprouver de la jalousie et de vivre une passion ponctuée de querelles, comme en témoigne cette lettre…

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18 octobre 1874

Vous ne viendrez pas, j’en suis bien sûr maintenant, et somme toute, vous ferez aussi bien. […]

Oui, c’est vrai, j’ai fait pleurer une femme, qui m’aimait et qui était bonne, belle, plus que vous, parce que vous aviez réussi à vous emparer de mon cœur, mais j’ai été franc avec elle, et je l’ai presque forcée à me plaindre, car j’avais conscience des dangers que j’allais courir dans cette folle aventure de mon cerveau. […]

Depuis longtemps déjà je ne croyais plus à votre amour, tant affirmé et si peu prouvé. Ce qui me retenait encore, c’est que je croyais désespérément à l’exigence de quelques bons sentiments chez vous… c’est fini. Vous êtes jugée. Vous n’êtes plus dangereuse. Vous m’avez proposé une infamie ces jours derniers et je me disais : « Elle ne me propose cela que parce qu’elle est sûre que je n’accepterai pas. Elle ne m’aime plus : c’est un subterfuge pour avoir l’air de faire venir de moi la rupture définitive. » Voilà vraiment ce que je me disais. Je ne serais pas étonné maintenant de m’être trompé encore une fois.

Quand on manque à ce point de toutes les délicatesses, quand on est capable d’écrire (sans le signer il est vrai) ce que vous avez écrit ce soir, on doit être porté à supposer les mêmes sentiments chez les autres.

Adieu donc, et bien adieu cette fois, ma pauvre fille. Priez Dieu que l’indifférence me vienne vite car le mépris est une terrible chose pour ma faible nature.

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