Lettre de Jules Verne à un homme politique

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« Mon prestige » ne pourra que servir les causes respectables.

Jules Verne (8 février 1828 – 24 mars 1905) n’est pas uniquement un écrivain bien connu et traduit dans toutes les langues, auteur de romans d’aventure inoubliables et inventeur de fabuleuses machines. Fait moins connu, il a aussi mené une carrière d’élu municipal, à Amiens, la ville natale de son épouse, et ce durant quinze ans. Jules Verne entre en politique en 1888 sur une liste républicaine, malgré ses convictions orléanistes, c’est-à-dire monarchistes modérées. L’ « infirmité » qu’il évoque dans la lettre est sa claudication. Elle résulte d’une blessure causée par son neveu, Gaston Verne, qui lui avait tiré dessus en mars 1886 dans un accès de folie, contraignant alors le père desVoyages extraordinaires à l’immobilité… et à la politique amiénoise, par voie de conséquence.

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11 mai 1888

Ma vieille bourrique, tu veux des éclaircissements ? Les voici : mon unique intention est de me rendre utile, et de faire aboutir certaines réformes urbaines.
Pourquoi mêler toujours la politique et le christianisme aux questions administratives ? Tu me connais assez pour savoir que, sur les points essentiels, je n’ai subi aucune influence. En sociologie, mon goût est : l’ordre ; en politique, voici mon aspiration : créer, dans le gouvernement actuel, un parti raisonnable, équilibré, respectueux de la justice, des hautes croyances, ami des hommes, des arts, de la vie. Crois bien que je ne cache pas ma façon de penser  sur les lois d’exil, je suis résolu, de même, à défendre, en toute occasion, la liberté de conscience de chacun. Donc ce que tu veux bien appeler « mon prestige » ne pourra que servir les causes respectables.
J’ajoute que, mon infirmité m’obligeant à une vie plus sédentaire, il m’est utile de rester en contact avec les affaires, et avec mes semblables. Question de métier. Plusieurs de mes collègues sont des enragés, on les calmera. D’autres ont du bons sens, tant mieux ! Quelques-uns sont des imbéciles, tant mieux encore ! Leurs propos m’égaieront. J’en ai besoin.
Crois, mon cher Charles, à ma vieille amitié.

( M. Allotte de la Fuÿe, Jules Verne : sa vie son oeuvre, Hachette, Paris, 1953, pp.181-182 ) - (Source image : Wikipedia)
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