Lettre de Louis Pasteur à propos de son père

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Je lui dois tout.

Louis Pasteur (27 décembre 1822 – 28 septembre 1895) est un scientifique français dont le nom résonne encore aujourd’hui par la notoriété qu’il obtint grâce à la réalisation du premier vaccin contre la rage. Dans cette lettre touchante qu’il envoie à sa femme suite à la mort de son père, l’homme redevient un court instant enfant pour dresser le portrait d’une figure paternelle à laquelle il doit tout.

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[Sans date]

J’ai repassé tous les jours dans ma mémoire les marques d’affection de mon pauvre père. Depuis trente années j’ai été sa constante et presque unique préoccupation. Je lui dois tout. Jeune, il m’a éloigné des mauvaises fréquentations et m’a donné l’habitude du travail, l’exemple de la vie la plus loyale, la mieux remplie. Cet homme était, par la distinction de l’esprit et du caractère, bien au-dessus de sa position à juger de choses comme on le fait dans le monde. Lui ne s’y trompait pas : il savait bien que c’est l’homme qui honore sa position, et non la position qui honore l’homme. Il avait la passion du savoir, de l’étude. Je l’ai vu étudiant des grammaires, la plume à la main, les commentant afin d’apprendre, à quarante et cinquante ans, ce que lui avaient refusé les infortunes de ses premières années.

Tel que je le vois mieux aujourd’hui, je pense que les succès de ma carrière scientifique ont dû vivement l’enorgueillir et le combler de joie. J’étais son fils, j’étais son nom, l’enfant qu’il avait guidé et conseillé. Ah ! mon pauvre père ! Je suis heureux de penser que j’ai pu te donner quelques satisfactions.

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( André Besson, Louis Pasteur, Editions du Rocher, Paris, 2013. ) - (Source image : Portrait of Louis Pasteur, F. Nadar, 1878 © Wikimedia Commons)
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