Lettre de Louise de Vilmorin à André Malraux

2

min

Est-ce parce que je ne vous écris plus que vous me désirez de moins en moins ?

Quelques mois avant son décès, l’écrivaine Louise de Vilmorin envoie une lettre à son dernier amour : André Malraux. Après une vie riche en amours et en rencontres tendres, elle déplore une lassitude dans leur relation, qui serait justement due à l’essoufflement de leur correspondance. Elle lance alors cet ultime appel passionnel, une lettre mémorable.

A-A+

2 septembre 1969

Il fait froid. Je grelotte. Il y a un an que, parlant avec votre fille, je lui ai dit : « Je ne comprends pas ce qui me vaut l’attention de ton père. » Elle m’a répondu : « Je crois que ce sont tes lettres. » Est-ce parce que je ne vous écris plus que vous me désirez de moins en moins depuis nous vivons ensemble ? Mes lettres sans réponse nous liaient l’un à l’autre et maintenant je ne sais comment vous approcher. Mes lettres étaient des fées. Moi je ne suis que Louise. Si pour vous émouvoir il faut que je vous écrive, je vous écrirai tous les jours et à jamais. Ne vous éloignez pas de ma pauvre âme. Ecoutez ma prière. Tenez-moi dans vos bras. Je suis votre mendiante. Un baiser de vos lèvres est l’étoile qui me fait croire aux jours et domine mon destin.

Sans vous, je suis perdue car je vous appartiens. Revenez à mon amour parfait.

( ) - (Source image : Egon Schiele, Liebesakt, Studie, 1915, The Yorck Project, © Wikimedia Commons)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

Lettre d’Elsa Triolet à Louis Aragon : « Je te reproche de vivre depuis trente-cinq ans comme si tu avais à courir pour éteindre un feu. »

Lettre de Franz Kafka à Milena Jesenská : « Maintenant la nuit est là. »

Lettre de Marguerite Duras à Yann Andréa : « Je vous aimerai toujours. »

les articles similaires :