Lettre de Madame de Maintenon à son frère

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Maintenon large

On n’est malheureux que par sa faute.

Morte le 15 avril 1719, Madame de Maintenon est née Françoise d’Aubigné, dans la prison de son père, Constant d’Aubigné, incarcéré pour dettes. Elle passe son enfance à la Martinique. Très jeune, la « belle indienne » devient l’intime de Madame de La Fayette, de Madame de Sévigné, de Ninon de Lenclos, et de bien d’autres femmes influentes de son temps. Elle épouse le poète Paul Scarron à l’âge de seize ans. Après la disgrâce de la marquise de Montespan et la mort de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, « Madame de Maintenant » devient la gouvernante des enfants de Louis XIV, puis surtout, son épouse secrète.
Lorsqu’elle écrit cette lettre à son frère, Monsieur Charles d’Aubigné, en 1705, vingt-deux ans après avoir épousé le roi et dix ans avant la mort du monarque, la belle marquise âgée continue à prêcher la morale après avoir plongé la cour, à la fin du règne de Louis XIV, dans une ère de dévotion et d’austérité : elle fait surtout preuve d’optimisme, et a le talent de considérer qu’un verre est à moitié plein lorsqu’il semble à moitié vide…

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1705

On n’est malheureux que par sa faute : ce sera toujours mon texte et ma réponse à vos lamentations. Songez, mon cher frère, au voyage d’Amérique, aux malheurs de notre père, aux malheurs de notre enfance, à ceux de notre jeunesse, et vous bénirez la Providence au lieu de murmurer contre la fortune. Il y a dix ans que nous étions bien éloignés l’un et l’autre du point où nous sommes aujourd’hui. Nos espérances étaient si peu de chose que nous bornions nos vœux à trois mille livres de rente. Nous en avons quatre fois plus, et nos souhaits ne seraient pas encore remplis ! Nous jouissons de cette heureuse médiocrité que vous vantiez si fort. Soyons contents. Si les biens nous viennent, recevons-les de la main de Dieu ; mais n’ayons pas de vues trop vastes. Nous avons le nécessaire et le commode ; tout le reste n’est que cupidité. Tous ces désirs de grandeur partent du vide d’un cœur inquiet. Toutes vos dettes sont payées ; vous pouvez vivre délicieusement sans en faire de nouvelles. Que désirez-vous de plus ? Faut-il que des projets de richesse et d’ambition vous coûtent la perte de votre repos et de votre santé ! Lisez la vie de Saint-Louis ; vous verrez combien les grandeurs de ce monde sont au-dessous des désirs du cœur de l’homme ; il n’y a que Dieu qui puisse le rassasier.

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L’écriture de Madame de Maintenon

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( Madame de Maintenon, Lettres de Madame de Maintenon. Volume I : 1650-1689, Paris, Honoré Champion, 2009. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste. ) - (Source image : Madame de Maintenant en 1685, par Nicolas Poussin © domaine public)
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