Lettre de Marcel Ravidat

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Nous étions les premiers à fouler le sol de la grotte de Lascaux depuis plusieurs millions d'années.

Le 12 septembre 1940, en Dordogne, un jeune adolescent âgé de 17 ans, Marcel Ravidat, raconte dans cette lettre la découverte du chef-d’œuvre de l’art préhistorique : les grottes de Lascaux. Les grandes découvertes étant souvent le fruit du hasard et de la chance, ce jour-là, celui qui allait devenir après-guerre un guide passionné de « la chapelle Sixtine de la préhistoire »,  était revenu avec 4 amis inspecter le trou où avait disparu son chien Robot, quatre jours plus tôt : en descendant dans une cavité, il est, privilège insigne, le premier visiteur des grottes de Lascaux.

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10 septembre 1940

Ce fut le dimanche 8 septembre qu’en compagnie de 6 camarades Jean et Jacques Clauzel, Maurice Queyroi, Louis Perier et André, nous découvrîmes un trou profond qui, par la suite, devait être l’entrée de la grotte de Lascaux. « Les fermiers des environs et beaucoup d’autres personnes connaissaient l’existence de ce trou mais n’y faisaient aucune attention. »

La découverte fut tout à fait fortuite. Nous étions partis faire une promenade sur les collines environnant Montignac, suivis de nos chiens. Lorsqu’après avoir vagabondé une bonne partie de l’après-midi, nous nous décidâmes à revenir chez nous en passant par Lascaux. C’est là que se produisit l’aventure, mon chien bondit dans un fourré et ne ressortit plus ; intrigués nous nous approchâmes du taillis et grande fut notre surprise de voir un trou assez conséquent au fond duquel grattait furieusement le chien. Je descendis dans ce trou qui faisait environ 1 mètre de diamètre sur 1,50 mètre de profondeur pour voir après quoi le chien en avait. Là, se trouvait un second trou qui faisait à peu près 20 centimètres de diamètre. Retirant le chien, je fis choir plusieurs pierres, et je fus très surpris d’entendre celles-ci rouler très profondément. J’avertis aussitôt mes camarades qui descendirent à leur tour, et de renouveler plusieurs fois l’expérience. Aussitôt une idée nous vint à chacun. C’est certainement la sortie du souterrain du château de Lascaux. Nous redescendîmes à Montignac, nous promettant d’explorer ce trou le plus tôt possible.

Le jeudi 12 septembre étant sans travail, j’allais voir les camarades. Jean et Louis travaillaient, restait Maurice qui lui était de repos. Je lui dis qu’aujourd’hui j’étais libre et qu’il fallait aller explorer ce souterrain, mais il eut la flemme. J’avertis Louis que j’allais partir seul et lui demandai sa petite lampe à pétrole car moi je n’avais qu’une méchante lampe à huile confectionnée avec une pompe… Muni de cet éclairage de fortune et d’un énorme couteau fabriqué avec une lame de ressort, je partis en exploration.

En chemin je fis la rencontre d’autres camarades qui allaient régler une histoire avec certains garçons qui avaient mouchardé au sujet de… je ne sais plus quoi. Une fois la leçon donnée, trois d’entre eux décidèrent de me suivre : Jacques Marsal, Simon Coencas et Georges Agniel. Arrivés sur les lieux, nous nous mîmes à tour de rôle au travail. Il s’agissait à l’aide du couteau d’agrandir le trou ; ceci nous prit une bonne heure. Enfin nous pouvions descendre explorer le souterrain. Prenant les devants, je commençai à m’introduire dans le trou : ce ne fut pas chose aisée parce que ce n’était pas trop large, néanmoins je finis par passer. Allumant la lampe je commençai la descente sur un éboulis, descente difficile car on ne pouvait avancer qu’à plat ventre ; ce ne fut qu’au bout de quelques mètres que je pus me relever et continuer jusqu’au bas de l’effondrement. Aussitôt j’appelai les autres en les invitant à faire attention : le départ était difficile. Une fois tous réunis, nous nous enfonçâmes à l’aventure. Après avoir franchi une dizaine de mètres en enjambant des sortes de murettes, qui n’étaient autre que gours, Jacques poussa un cri en montrant du doigt la voûte ; quelle fut notre stupéfaction en voyant sur les parois toute une série d’animaux, peints de couleurs différentes. Dédaignant l’exploration du sol, nous nous mîmes à explorer les parois allant de découverte en découverte. Après une heure d’exploration, la lumière nous faisant défaut, nous ressortions de la grotte, un peu pâles.

Il fallut tenir conseil. D’abord, ne rien dire avant l’exploration complète de la grotte, puis revenir le lendemain avec un éclairage meilleur pour une exploration plus profonde.

Le lendemain, munis de lampes à acétylène, de pelles et de pioches, nous repartîmes à notre aventure. Après plusieurs heures d’exploration, nous décidâmes d’agrandir l’entrée afin d’explorer notre trésor.

Quelques jours plus tard, Jacques fit part de notre découverte à un instituteur de Montignac, maître Léon Laval, qui s’occupait déjà des recherches archéologiques. Tout d’abord, il fut sceptique nous connaissant assez bluffeurs et il fallut l’intervention d’un autre camarade, George Estreguil qui, assez bon dessinateur, fit quelques relevés et les lui présenta.

Aussitôt, il vint à Lascaux mais ne fut guère intéressé par l’endroit par lequel il devait pénétrer. Il fallut qu’une brave vieille paysanne voisine de Lascaux, Mme Baudry, âgée de plus de 70 ans lui dise : « Si vous ne voulez pas y descendre, laissez-moi passer » et, « pour ne pas avoir l’air plus rapin qu’une femme », je reprends ainsi la phrase de M. Laval, notre instituteur s’engagea à son tour et, pour lui aussi, grand fut son émerveillement. Il se chargea d’intervenir auprès des autorités compétentes et auprès du régisseur de la propriété, M. Parveau.

C’est ainsi que le 12 septembre 1940, Jacques Marsal, Simon Coencas, Georges Agniel et moi-même étions les premiers à fouler le sol de la grotte depuis plusieurs millions d’années.

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Un commentaire

  1. joubert denis

    Cette lettre me fait sourire. Je possède une lettre écrite par Marcel Ravidat lui même et elle n’a pas le style de la lettre éditée sur le site! je pense qu’il a recopié ce qu’on lui a présenté.
    Je pense que la mienne est beaucoup plus authentique avec ses fautes d’orthographe que Marcel reconnait à la fin de la lettre et sa syntaxe beaucoup plus confuse.
    Instituteur à l’époque, les élèves de ma classe lui avaient envoyé des questions auxquelles il a gentiment répondu. Cette lettre date de l’année 1989 ou 1990.
    En aout 1995, en vacances à Montignac, à l’issue de la visite de Lascaux 2,je fis part à une guide que j’allais rendre visite à M. Ravidat… elle m’apprit alors qu’il était décédé au mois de mars:une grosse déception pour moi.
    J’aimerais connaitre l’histoire de la lettre que vous éditez sur le site. C’est l’écriture de M. Ravidat mais pas du tout son style!

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