Lettre de Maria Callas à Giovanni Battista Meneghini

2

min

mariacallas

Je suis si pleine de toi que j’ai l’impression d’exploser.

En 1949, Maria Callas effectue sa première grande tournée internationale à Buenos Aires. Séparée de son époux, Giovanni Baptista Meneghini, éprouvée par son art et cet exil passager, la Diva, seule et perdue, lui écrit avec frénésie. Dans cette lettre, la plume de l’amoureuse transcende la voix de La Callas.

A-A+

25 mai 1949

Mon Battista,

Aujourd’hui j’avais décidé de ne pas t’écrire parce que j’ai l’impression d’exagérer. Je te fatigue et t’embête avec mes longues et ennuyeuses lettres, n’est-ce pas ?

Maintenant, il est 12 moins le quart et je ne suis pas capable. Je suis si pleine de toi que j’ai l’impression d’exploser. Battista, j’ai besoin de toi. C’est inutile de te dire des mensonges et de faire l’héroïque. J’ai besoin de toi ; je ne sais rien faire sans toi. Tu as tout pris de moi donc tu ne peux pas m’envoyer au loin car je n’ai plus rien. Ni mon âme, ni mon ressenti, ni mon corps, rien ! J’ai été courageuse jusqu’à présent mais j’admets que je commence à ne plus pouvoir résister. Quoi que je fais, pense, vois ou mange, je me dis toujours : « Battista aime, Battista aimerait. Battista penserait comme ça, etc. »

Pardonne-moi, chéri, mais ce n’est pas ma faute si je t’aime à ce point. Nous nous sommes rencontrés, compris, estimés, aimés, entendus, et enfin indissolublement liés.

Nous ne devons pas nous séparer, nous ne le pouvons pas ! Parce que ni toi ni moi nous ne résistons. Mon monde c’est toi, tout est toi, comment veux-tu donc que je sois tranquille et sereine loin de toi.

Et puis, je n’ai plus de mots en fait pour t’exprimer tout ce que je désire et combien ma vie sans toi est inutile. Je ne pourrais jamais trouver les mots justes et assez forts.

Si j’étais à côté de toi, en me regardant dans les yeux, tu comprendrais tout ce que j’éprouve alors, et avec ma tendresse, je saurais mieux te l’expliquer qu’avec des mots froids et insuffisants.

Je serai heureuse de pouvoir rentrer dans un mois ! C’est ma prière à notre petite Madone, chaque soir. Pense au jour où nous nous reverrons ! Il me semble que mon cœur cessera de battre à cause de la joie et le monde s’arrêtera tant il y aura d’émotion. Tu y as pensé toi ? Tu y penses ?

Pourquoi ne me parles-tu pas plus de toi, de tes affaires, davantage de toi !? Tu m’écris si peu, trop peu !

Et ta santé ? Je tremble pour toi, pour nous, parce que nous sommes si amoureux et heureux qu’il me semble que c’est une chose impossible qui existe. Ce n’est pas ça ? Qui a tout ce que nous avons, nous ?!

Mon cher amour, pense à moi complètement, écris-moi et porte-toi bien.

Je voudrais que tu me dises si tu pourrais trouver quelqu’un pour faire passer mes malles à mon retour, parce que si je trouve quelque chose qui me plaît ici, je pense que je l’achèterai. Par exemple, des tapis, il y en a de très beaux. Ecris-moi le prix et dis-moi ce que je devrais faire.

Je te laisse maintenant, et je continue demain. J’espère recevoir du courrier de ta part. J’ai besoin de toi, de tes lettres !

( Renzo Allegri, Maria Callas - Lettres d'amour, Robert Laffont, 2008 ) - (Source image : Publicity photo of Maria Callas (1923 – 1977) as Violetta in La Traviata at the Royal Opera House (1958) by photograph Houston Rogers, © Wikimedia Commons )
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

2 commentaires

  1. scottorose@yahoo.fr

    Oui, c’est vraiment la Callas qui nous émeut, et je tremble parfois d’avoir connu sa triste fin. Elle avait tant donné, d’aucun dirons c’est la vie… mais moi je dis, c’est un regret.
    Je l’écoute régulièrement et le bonheur qu’elle m’apporte avec sa voix, est assez indescriptible. De la-haut chante encore Maria Callas, la grande,
    Chantal-Rose

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.