Lettre de Marie Dorval à Alfred de Vigny

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Cet amour que j'ai pour toi devient tous les jours plus grand.

En 1831, Marie Dorval, une des plus grandes comédiennes de son temps, joue dans une pièce écrite par Alfred de Vigny. Le texte prélude à leur amour : elle devient sa muse, le distrayant d’un mariage qui bat de l’aile. Ils connaissent ensemble tous les orages de la passion et les jalousies douloureuses qui font que l’amour bien souvent cotoie la folie. , Vigny allant jusqu’à faire suivre Marie Dorval par un inspecteur.

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Mardi 17 février [1834]

Oh mon âme chérie ! Oh mon bonheur ! Mon ange, mon Alfred, je te retrouve dans cette lettre, je retrouve ton âme grave et qui m’aime. Tu vois bien, tu vois bien que je ne me trompe pas !
Quand tes lettres m’affligent, c’est que je sens qu’elles ne sont pas de toi, la vérité, je ne te sais pas gré d’une fausse gaieté, je crois que tu deviens léger, que tu m’aimes moins… Et quand cette idée me traverse l’esprit je suis morte, tuée par elle. Cet amour que j’ai pour toi devient tous les jours plus grand. Non je ne vis pas loin de toi, l’impatience où je suis de partir me tient éveillée toute la nuit. Tu as tué le sommeil de Marie. Quand je dors mes rêves sont désolants et me fatiguent plus que mes idées quand je veille. Toujours dans ces rêves tu me trompes, tu es infidèle, je me réveille en pleurs, tout le jour je garde les impressions de la nuit, puis une lettre arrive et je cherche, je cherche des expressions de tendresse, d’amour, j’en suis avide, tes lettres sont froides pour tout ce que j’ai souffert, ce que je souffre, ce que j’ai écrit moi me semble trop sombre, trop extravagant et je déchire ma lettre, et je n’écris plus parce je suis trop occupée de toi.
Mais va sentir que je t’aime, le sentir par le plaisir ou par la douleur, ce n’est qu’ainsi que je puis vivre et je vais te revoir bientôt, être heureuse ! […]

Me voilà donc heureuse ce soir de ta lettre de ce soir, elles arrivent dans ma loge, c’est ma chère et seule visite. Ah ! quand je l’ai lue, devant ma glace à moitié habillée, j’en baisais tous les mots et vois ta méchante Marie ! À mesure que tu parlais de ta tristesse je sentais mon cœur plus léger, plus heureux et une bonne petite chaleur me montait au visage. Que je t’aime !

Marie

( Marie Dorval, Lettres à Alfred de Vigny, recueillies et présentées par Charles Gaudier, Gallimard, 1942 ) - (Source image : Lithographie de Marie Dorval, par le peintre Paul Delaroche, vers 1831 / Portrait lithographié d’Alfred de Vigny par Antoine Maurin, vers 1831 © Wikimedia Commons)
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