Lettre de Marilyn Monroe à Lee Strasberg

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Mon travail est le seul espoir fiable que j'ai.

Marilyn Monroe (1er juin 1926 – 5 août 1962), née Norman Jean Baker, bouleverse Hollywood dans les années 1950. Dans Les Hommes préfèrent les blondes ou Certains l’aiment chaud par exemple, la jeune femme est un véritable sex-symbol en même temps qu’une icône glamour. Mais au-delà des paillettes, Marilyn souffre d’instabilité et de dépression. Dans ces épreuves, son mentor Lee Strasberg, qui est par ailleurs son professeur d’art dramatique, se révèle être un soutien précieux. La lettre suivante montre à quel point Marilyn Monroe estimait Strasberg et lui faisait confiance. À la mort de la star, c’est lui qui hérite de ses effets personnels, mais aussi des revenus de ses films et des droits d’utilisation de son image. Il n’en a jamais tiré profit.

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19 décembre 1961

Cher Lee,

C’est une lettre importante alors s’il vous plaît ne commencez pas à la lire avant d’avoir le temps d’y consacrer une grande attention. Cette lettre porte sur les projets d’avenir et donc sur les vôtres aussi puisque mon évolution future comme artiste est fondée sur notre travail commun. Tout cela est une introduction ; laissez-moi souligner les événements récents, mes idées et mes suggestions.

Comme vous le savez, je lutte depuis des années pour trouver une sorte de stabilité émotionnelle sans bien y parvenir, pour plein de raisons différentes. Il est vrai que ma thérapie avec le Dr Greenson a ses hauts et ses bas, vous le savez. Pourtant mes progrès d’ensemble sont tels que j’ai des espoirs de me faire un petit territoire où demeurer, plutôt que les sables mouvants sur lesquels j’ai toujours été. Mais le Dr Greenson est d’accord avec vous que pour moi, vivre correctement et productivement, cela veut dire travailler ! Et travailler ne veut pas dire simplement jouer professionnellement mais étudier et me vouer à mon art. Mon travail est le seul espoir fiable que j’ai. Et c’est là, Lee, que cela vous concerne. Pour moi, le travail et Lee Strasberg sont synonymes. Je n’ai pas la prétention d’attendre que vous veniez ici pour moi seule. J’ai contacté Marlon à ce propos et il semble assez intéressé, bien qu’il soit en train de terminer un film. Je dois parler de cela avec lui plus en détail dans un jour ou deux.

En outre, et ceci doit rester confidentiel dans les temps qui viennent, mes avocats et moi projetons de mettre en place une maison de production indépendante, dans laquelle nous avons prévu un poste important pour vous. On en est encore à la phase préparatoire mais je pense à vous pour un poste de conseiller ou n’importe quelle forme qui pourrait vous convenir. Je sais que vous voudrez conserver assez de liberté pour poursuivre votre enseignement et toute autre activité privée que vous voudriez mener.

Bien que je m’engage dans mon analyse, aussi douloureux que ce soit, je ne peux me décider entièrement avant d’avoir votre réponse, parce que lorsque je ne travaille pas avec vous, seule une part de moi fonctionne. C’est pourquoi il me faut savoir dans quelles conditions vous pourriez accepter de venir ici et éventuellement de vous y installer.

Je sais que tout cela peut paraître assez ahurissant, mais si vous mettez ensemble tous les avantages ce pourrait être une aventure gratifiante. Je veux dire, pas simplement pour Marlon et moi, mais aussi pour d’autres. Cette maison de production indépendante fera aussi des films sans moi — c’est même nécessaire pour des raisons juridiques. Cela donnera des ouvertures à Susan si elle est intéressée et peut-être aussi à Johnny. Et Paula aurait de nombreuses possibilités comme coach. Quant à vous, Lee, je rêve toujours qu’un jour vous me dirigerez dans un film ! Je sais que c’est une décision difficile à prendre, mais j’ai le souhait que vous réalisiez ici quelques-uns des espoirs qui n’ont peut-être pas été comblés pour vous jusqu’au bout, comme au Lincoln Center, etc.

Bref, je ne sais pas comment trouver d’autres arguments pour vous convaincre. J’ai besoin d’approfondir le projet et je ne suis pas seule à y travailler. Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous faire venir — dans les limites du raisonnable — puisque ce serait à votre avantage autant qu’au mien. Aussi, Lee, pensez à tout cela avec beaucoup d’attention, je vous en prie ; j’en suis à un point de ma vie extrêmement important et parce que vous m’avez dit au téléphone que pour vous aussi, les choses n’étaient pas figées, j’ai osé avoir de l’espoir.

J’ai des rendez-vous fixés avec Marlon et aussi avec mes avocats et je vous appellerai s’il y a du nouveau. Sinon, mettez-vous en contact avec moi s’il vous plaît.

Je vous aime tous,

Marilyn

( Marilyn Monroe, Fragments, poèmes, écrits intimes, lettres, traduit par Tiphaine Samoyault, Paris, Seuil, 2010. ) - (Source image : Marilyn Monroe, Dave Cicero-International News Service, June 11, 1947 © Wikimedia Commons )
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