Lettre de Montesquieu à Madame de Graves

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Montesquieu

Je ne te demande qu’une grâce, qui est de croire que je t’aime encore.

Montesquieu, né le 18 janvier 1689 et mort le 10 février 1755, figure centrale des Lumières et l’un des fondateurs de la science politique moderne, a été toujours assez secret et discret sur sa vie intime, pourtant très intense. Cette lettre d’amour à Marie-Anne Goyon de Matignon, marquise de Graves — avec qui il aura une liaison tumultueuse pendant plusieurs années — montre le philosophe sous un nouveau jour.

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avril-mai 1725

Je pense et repense tous les jours à ce profond silence. La solitude où je suis entretient encore mes chagrins et ma profonde mélancolie. Des intérêts d’honneur et de famille m’attachent encore pour sept ou huit mois dans ce pays-ci : je commence à sentir combien ce temps me va coûter cher.

Ce sera la dernière lettre dont je t’accablerai : je ne te demande qu’une grâce, qui est de croire que je t’aime encore ; peut-être que c’est la seule chose que je puisse à présent espérer de toi.

Mets au feu toutes les bagatelles que tu sais. J’ai juré de ne plus écrire de ma vie, puisque je n’ai pas réussi pour la seule personne du monde à qui j’aurais souhaité de plaire.

L’état d’incertitude où je suis me paraît plus rude que tous les malheurs que je crains. Je vous demande en grâce, Madame, de m’instruire d’une chose qui doit intéresser toute ma vie. La dernière lettre que vous m’écrivîtes était une lettre très tendre ; je la relus cent milles fois, et je n’aurais jamais soupçonné qu’elle dût être la dernière.

Mon cher cœur, si tu ne m’aimes plus, cache-le-moi encore pour quelque temps ; je n’ai pas encore la force qu’il faut pour pouvoir l’apprendre. Ayez pitié d’un homme que vous avez aimé, si vous n’avez pas pitié du plus malheureux de tous les hommes.

( Correspondance de Montesquieu, Paris, Champion, 1914, p. 74. ) - (Source image : Portrait of Montesquieu, 1728, Palace of Versailles, © Wikimedia Kommons.)
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6 commentaires

  1. EVA KARLSSON

    Étonnant mélange de « tu » et « vous ».
    Cher Monsieur Montesquieu, je vous vois sous un autre jour. La science vous va si bien et les sentiment, les émotions l’échec amoureux vous rend indécis, une fois « vous » , une fois « tu »! Comment être proche, aimant en gardant sa fierté, comment être sincère sans se coucher comme un chien vaincu ? Décidez-vous de soit tutoyer ou vovoyer votre ancienne maîtresse!
    Puis, comme vous dites, n’accablez plus.
    Nous aimerons tous être aimés, n’est pas? Nous voudrions tous être réconfortés aussi. Sauf que l’amour il faut savoir la donner. Dans l’amour du couple, la femme n’est pas une option, quand pour elle vous est tout, elle voudrait être tout pour vous, pas seulement un amusement, s’envoyer en l’air hors la science et l’estime culturelle de la société.
    Bien sincèrement à vous, persan que vous soyez, de la part de
    Eva Karlsson; Madame de son état,
    d’un autre temps, que vous auriez aimez au point de vue scientifique, a part les meurs
    homme/femme, qui ne se sont pas arrangés pour le mieux /EK

  2. P...issima

    Ne serait-ce que pour recevoir ce genre de lettre j’aurais aimé vivre dans un autre siècle… quand les hommes savaient poser des mots si délicats sur leurs sentiments…

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