Lettre de Napoléon Ier

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Napoléon Bigot de préameu large

J’ordonne qu’au 15 juin tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et de Trasimène.

9 mai 1810 : l’empereur Napoléon est en plein voyage de noces avec Marie-Louise. Il n’en perd pas pour autant le sens de la politique et ordonne à son ministre des cultes, Félix Julien Jean Bigot de Préameneu, qui est par ailleurs l’un des quatre juristes auteurs du Code civil français, que « tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et de Trasimène ». Napoléon règne en maître sur le Vatican depuis plus d’un an. Ses relations avec le Pape Pie VII sont détestables. Le pape l’excommunie en 1809, après quoi Napoléon le fait enlever et déporter. « Mon but est d’arriver », écrit Napoléon en mai 1810, « dès le courant de l’été à n’avoir plus de religieux et de religieuses à Rome. » On déporte les ecclésiastiques « réfractaires » de tous ordres et de tous grandes par milliers.

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À Bergopzoom, le 9 mai 1810

Monsieur le Comte Bigot Préameneu,

Vous recevrez un décret par lequel j’ordonne qu’au 15 juin tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et de Trasymène.

Je suppose que vous avez déjà donné des ordres pour que :

1° tous les ecclésiastiques, soit de France, soit d’Italie, soit de Naples, soit d’Allemagne, d’Angleterre, d’Irlande, de Danemark, de Hollande, etc. soient renvoyés dans leur pays.
2° tous les individus qui ne sont pas dans les ordres sacrés cessent de porter l’habit ecclésiastique ; et ceux qui sont dans es ordres sacrés ne portent l’habit ecclésiastique que dans les séminaires.

J’ai ordonné que trois colonnes se rendent de Bologne à Perugia, l’autre de [laissé en blanc] à Ancône, et l’autre de Florence à Arrezo. Les 7 ou 8 000 hommes seront à la disposition du Général Miollis qui les portera rapidement partout où la tranquillité publique serait troublée.

Je suppose que tous les prêtres auront à l’heure qu’il est prêté serment, ou auront été dirigés sur la route de France, sans hésitation, que tous les évêques, curés, vicaires, chanoines, auront prêté serment ou seront sur la route de France.

Que les biens des chanoines, chapitres, évêques, qui n’auraient pas prêté serment ont été saisis par l’enregistrement. Quant aux évêques, il faut qu’on saisisse non seulement leurs biens ecclésiastiques mais aussi leurs biens patrimoniaux.

Rédigez un décret conçu à peu près dans les termes suivants que je signerai aussitôt que le nombre des évêques qui n’auront pas prêté serment sera connu :
Considérant que dans l’Empire, il y a des évêchés qui ont un million d’habitants, tandis que dans les deux départements de Rome et de Trasimène qui n’ont que 700 000 habitants il y a 30 évêchés, que cette disproportion énorme et cette multiplicité d’évêchés fort contraires aux lois de l’Empire et incompatibles avec l’ordre et avec la hiérarchie ecclésiastique ; que le plus grand nombre de ces évêchés sont vacants par démission, mort ou rébellion, nous avons décrété et décrétons les articles suivant :

1°. Tel et tel évêché est supprimé et réuni etc.
tel et tel chapitre est supprimé. Il n’en est conservé qu’un seul par cathédrale composé de tant de membres : de même pour les séminaires, etc.
Titre 2, des Paroisses. Il ne restera que tant de paroisses à Rome, telle et telle sont conservées (il me semble que 20 paroisses sont suffisantes). ”
Vous ferez également la circonscription des 20 principales villes, de manière que, dans les villes peuplées de moins de 5000 âmes, il n’y ait qu’un curé, et que dans les villes de plus de 5000 âmes, il y ait un curé à raison de 4 à 5000 âmes.

Faites ce décret le plutôt possible, afin que je le signe à mon arrivée à Paris, et qu’il puisse être à Rome avant le 15 juin, pour que les coupes se succèdent sans interruption. Si d’autres dispositions sont nécessaires sur cette matière, proposez la moi, afin que juin passé, les départements de Rome se trouvent organisés, comme le reste de la France pour les affaires ecclésiastiques.
Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait en Sa Sainte garde.

N

signatures napoléon

Les signatures de Napoléon

napoléon corresp générale tome 10

Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

( Napoléon, Correspondance générale. Tome dixième (mars 1810 - mars 1811), Paris, Fayard, 2004. )
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