Lettre de Paul Klee à sa fiancée Lily Stumpf

1

min

Paul Klee

Alors nous nous serons accomplis.

L’œuvre de Paul Klee (18 décembre 1879 – 29 juin 1940) est inclassable. Le peintre allemand a enseigné un temps au Bauhaus et possède indéniablement des aspects expressionnistes, mais ses tableaux rendent surtout hommage à ce qu’il appelait ses « friandises chromatiques », c’est-à-dire la couleur, sous toutes ses formes.
Dans le domaine amoureux, le goût de Paul Klee se porte sur la pianiste Lily Stumpf (1876-1946), fille d’un médecin munichois, avec qui il est fiancée depuis trois ans lorsqu’il lui envoie cette lettre. Peu romantique, elle traduit en réalité l’ambition et l’exigence de l’artiste.

A-A+

Mardi 11 mai 1904

Dans ta profession de foi, tu ne dis que des choses sensées ; ce qui ne me surprend pas outre mesure. Je voulais simplement le reconnaître, tu comprends ? Tu as une conception très saine de la vie, mais ne va pas croire qu’une parfaite harmonie entre nous soit possible.
Si nous parvenons à aménager convenablement notre vie, c’est-à-dire à vivre ensemble sans soucis mesquins, mais en menant une existence honnête, en ayant de bonnes fréquentations, et que nous restons en bonne santé pour ne pas devoir relâcher nos efforts dans le travail, alors nous nous serons accomplis. Par « bonne fréquentation », j’entends les relations que nous aurions avec des êtres nobles et simples, dotés d’une culture humaniste ou lisant de bons livres, ce qui, pour moi, revient quasiment au même. Car ces « échanges » intellectuels (je n’en veux pas d’autres) doivent nous permettre d’élargir nos propres expériences ou de nous préserver de toute étroitesse d’esprit.
Finalement, tout doit concourir à accroître notre capacité de travail ; et les relations, dans le couple, doivent se subordonner à ce but qui seul pourra nous rendre heureux. (Pour rêvasser à la façon de Tristan, on n’a pas besoin de deux êtres qui réfléchissent sérieusement. Cela n’enlève rien à la valeur de l’opéra wagnérien — je le dis pour qu’il n’y ait pas de malentendu).
Si tu avais quelque chose contre ce qui vient d’être dit, il faudrait que tu te manifestes à temps ; sinon, et je l’espère, cette dernière phrase restera une simple formule — je ne la concevais pas autrement. […]

Écris-moi vite, Lily aimée ; ça n’a pas besoin d’être long ; mais ne me fais pas trop attendre ! Parle-moi surtout de toi et ne cache rien à ton fidèle Paul qui pense à toi et t’aime tendrement ! […]

paulklee

( Paul Klee, Le temps des inventions, Lettres 1903-1905, Farrago, 2005. ) - (Source image : Paul Klee, photographed in 1911 by Alexander Eliasberg © Wikimedia Commons / Lily Klee-Stumpf en 1906, Flickr.com.)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

Lettre d’Edward Hopper à Charles H. Sawyer : « Expliquer la peinture par des mots. »

Carte postale de Salvador Dali à Picasso : « Je suis entrain de peindre des véritables chefd’euvre. [sic] »

Lettre de Jack London à Max Fedder : « Il n’y a qu’une seule façon de débuter, et c’est de commencer avec du dur labeur. »