Lettre de Philip K. Dick

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L’impact de Blade Runner va être écrasant.

Philip K. Dick (16 décembre 1928 – 2 mars 1982) est l’un des plus grands auteurs américains de science-fiction. Schizophrène et paranoïaque, occasionnellement junkie, Dick était pourtant un écrivain doué d’une grande lucidité et maître du genre dystopique. Ses œuvres adaptées au cinéma sont devenues des films cultes. Parmi celles-ci, Total Recall, Minority Report, A Scanner Darkly… ou encore Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques , librement adapté par le génial Ridley Scott sous le titre de Blade Runner (1982). L’ambiance néo-noire du film et son arrière-plan philosophique séduisent des générations de cinéphiles. Il est très rare qu’un écrivain approuve pleinement une adaptation hollywoodienne : cette lettre est donc une pièce rare !

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Le 11 octobre 1981

Mr Jeff Walker
The Lado Company
4000 Boulevard Warner,
Burbank,
91522 Californie

Cher Jeff,

Ce soir, je suis tombé par hasard sur une émission de Channel 7, « Hourra Hollywood », où l’on parlait de Blade Runner. (Enfin, pour être honnête, ce n’est pas par hasard que je l’ai vue, quelqu’un m’a dit qu’ils y parleraient de Blade Runner, et que je devrais regarder l’émission.) Jeff, après l’avoir vue, et surtout après avoir entendu Harrison Ford parler du film, j’en ai conclu que, en effet, ce n’est pas de la science-fiction, ce n’est pas de la fantasy, c’est exactement ce dont Harrison parlait : du futurisme.

L’impact de Blade Runner va être écrasant, à la fois sur le public mais aussi sur les créatifs, et je pense, sur le domaine de la science-fiction. Etant donné que cela va faire trente ans que j’écris et que je vends des livres de science-fiction, c’est un sujet qui me tient à cœur. En toute honnêteté, je dois dire que notre domaine se détériore lentement mais sûrement depuis quelques années. Rien de ce que nous avons pu faire, individuellement ou collectivement, n’est à la hauteur de Blade Runner. Ici, il ne s’agit pas d’évasion, mais d’hyper-réalisme, si courageux, détaillé, authentique et sacrément convainquant qu’après avoir vu l’émission, j’ai trouvé mon présent et son habituelle « réalité » bien pâles par comparaison. Ce que j’essaye de dire c’est que tous ensemble vous avez sans doute créé une nouvelle forme, unique, d’expression artistique et graphique, jamais vue auparavant. Et je crois que Blade Runner va révolutionner notre vision de ce qu’est la science-fiction, et plus encore, de ce qu’elle pourrait être.

Je vais vous l’expliquer ainsi. La science-fiction s’est peu à peu figée en une mort monotone et inévitable : elle est devenue consanguine, répétitive et dépassée. Et soudain, vous êtes arrivés, vous qui comptez parmi les personnes les plus talentueuses qui existent, et désormais, nous avons une nouvelle vie, un nouveau départ. Quant à mon propre rôle dans le projet Blade Runner, je ne me doutais absolument pas qu’un de mes travaux ou que quelques-unes de mes idées puissent évoluer et atteindre de telles dimensions. Ma vie et mon travail créatif ont été légitimés et complétés par Blade Runner. Merci à vous… et cela va être un énorme succès commercial. Il deviendra imbattable.

Cordialement,

Philip K. Dick

( http://flavorwire.com/newswire/before-he-died-philip-k-dick-wrote-this-letter-about-blade-runner © Traduction DesLettres ) - (Source image : Capture de la scène d'ouverture du film Blade Runner, réalisé par Ridley Scott (1982) © Creative Commons)
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