Lettre de Renée Vivien à Kérimé

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Je pense à vous ardemment, fixement, Hadidja, ma rose mystérieuse.

Nous célébrons aujourd’hui la Journée Internationale du coming out en mettant en lumière la magnifique histoire d’amour qui lia Renée Vivien et Kérimé. Poétesse lesbienne scandaleuse, Renée Vivien file le parfait amour avec Hélène de Zuylen lorsqu’elle rencontre la mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé : une correspondance sublime en suivit. Lorsque Kérimé la quitta en 1907 pour une autre femme, Renée s’enfuit avec sa mère au Japon puis à Hawaï. 

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Amsterdam

Je pense à vous ardemment, fixement, Hadidja, ma rose mystérieuse. Vous êtes mon constant et doux souci.

Je vous écris ces lignes hâtives dans la salle d’attente avant de prendre le train pour Cologne. Depuis quelques jours, j’ai mené une vie hâtive, pressée, – je pensais à vous toujours, et sans cesse, mais je ne trouvais point le loisir de vous écrire comme je l’aurais voulu.

Chère, ma très chère, pensez-vous à moi qui vous aime par l’âme et par la pensée sans vous connaître ? Et que diriez-vous lorsque je viendrai vers vous, en octobre ?

Mon cher souci je n’ai plus qu’un désir celui de me brûler les lèvres à votre premier baiser…

Je prendrai vos lèvres, farouchement, et pourtant avec une tendresse infinie. Vous serez mienne, mienne toute, et je serai à la fois votre amie et votre amante. Je boirai, sur votre chair, tous les parfums de là-bas et je vous rendrai toutes les tendresses d’ici… Ma trop chère Douceur, je souffre déjà de vous aimer…

Je ne sais quel impétueux élan m’emporte vers vous sans résistance possible – je ne sais qu’une chose : c’est que je vous aime d’un étrange et d’un mystérieux amour.

Je prendrai vos lèvres très chère…
Je prendrai vos lèvres.

Et déjà, je vous donne par la pensée le baiser de l’amie et le baiser de l’amant.

Vôtre – ah ! – vôtre éperdument.

couverture

( VIVIEN (Renée)/LEPROUX (Jean), Lettres de Renée Vivien à Kérimé, HB éditions, 1998 )
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