Lettre de Rouget de L’Isle à Hector Berlioz

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Sans titre

Votre tête paraît être un volcan toujours en éruption ; dans la mienne, il n'y eut jamais qu'un feu de paille.

Rouget de l’Isle (10 mai 1760 – 26 juin 1836) est un poète et auteur dramatique. Il est l’auteur des paroles de la Marseillaise. En 1830, Hector Berlioz élabore une orchestration de cet hymne qu’il lui dédie ; Rouget de l’Isle lui répond par cette missive chaleureuse et amicale, proposant une rencontre. De la révolution en musique, préambule épistolaire ! Notons que la Marseillaise ne sera définitivement adoptée comme hymne national que sous la IIIe République, en 1879.

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20 décembre 1830

Nous ne nous connaissons pas, Monsieur Berlioz : voulez-vous que nous fassions connaissance ? Votre tête paraît être un volcan toujours en éruption ; dans la mienne, il n’y eut jamais qu’un feu de paille qui s’éteint en fumant encore un peu. Mais enfin, de la richesse de votre volcan et des débris de mon feu de paille combinés, il peut résulter quelque chose. J’aurais à cet égard une et peut-être deux propositions à vous faire. Pour cela, il s’agirait de nous voir et de nous entendre. Si le cœur vous en dit, indiquez-moi un jour où je pourrai vous rencontrer, ou venez à Choisy me demander un déjeuner, un dîner, fort mauvais sans doute, mais qu’un poète comme vous ne saurait trouver tel, assaisonné de l’air des champs.

Je n’aurais pas attendu jusqu’à présent pour tâcher de me rapprocher de vous et vous remercier de l’honneur que vous avez fait à certaine pauvre créature de l’habiller tout à neuf et de couvrir, dit-on, sa nudité de tout le brillant de votre imagination. Mais je ne suis qu’un misérable ermite éclopé, qui ne fait que des apparitions très courtes et très rares dans votre grande ville, et qui, les trois quarts et demi du temps, n’y fait rien de ce qu’il voudrait faire. Puis-je me flatter que vous ne vous refuserez point à cet appel un peu chanceux pour vous à la vérité, et que, de manière ou d’autre, vous me mettrez à même de vous témoigner de vive voix et ma reconnaissance personnelle et le plaisir avec lequel je m’associe aux espérances que fondent sur votre audacieux talent les vrais amis du bel art que vous cultivez ?

Rouget de l’Isle

( Robert, Frédéric, Lettres à propos de la "marseillaise", Paris, PUF, 1980, 75 p. )
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