Lettre de Victor Hugo sur l’abolition de l’esclavage

1

min

victorhugo

République blanche et république noire sont sœurs, de même que l'homme noir et l'homme blanc sont frères.

Si un écrivain français fut bien de tous les genres et de tous les combats, c’est Victor Hugo (1802-1885), romancier, poète, dramaturge, épistolier, mais aussi auteur de discours politiques et penseur de la République et des droits de l’homme.
Alors que l’esclavage a été officiellement aboli en France par le décret du 27 avril 1848, grâce à l’action de Victor Schoelcher, il est encore urgent, à la fin des années 1850, de se mobiliser contre les discriminations raciales qui perdurent ici ou ailleurs dans le monde. Aux États-Unis notamment, les abolitionnistes mènent des actions parfois violentes pour faire reconnaître l’égalité raciale ; parmi eux, John Browns, tour-à-tour décrit comme un fanatique sanguinaire ou comme un humaniste visionnaire, est l’auteur d’un massacre abolitionniste dans le Kansas et d’une tentative d’insurrection sanglante en Virginie, suite à laquelle il est arrêté en pendu. C’est en réaction à l’exécution de John Brown qu’Hugo écrit cette lettre. La guerre de Sécession américaine (1861-1865) n’est pas loin…

A-A+

28 décembre 1859

Citoyens de la République universelle,

Le remerciement que vous m’adressez en termes si éloquents me va au cœur.

J’ai fait mon devoir, et je n’ai fait que mon devoir. Vous ne m’en récompensez pas moins. Aussi, est-ce moi qui vous remercie.

République blanche et république noire sont sœurs, de même que l’homme noir et l’homme blanc sont frères. Il n’y a qu’une humanité, car il n’y a qu’un Dieu.

La République française, cette initiatrice du monde avait des nègres parmi ses représentants du peuple ; et c’est là une des choses qui l’ont faite grande entre toutes.

Cette fraternité des races, les États du Sud de l’Union américaine l’ont méconnue. En tuant Brown, ils ont commis un crime qui prendra place parmi les calamités de l’histoire. La rupture de l’Union suivra fatalement l’assassinat de Brown.

Quel attentat, et quel désastre !

J’ai l’affliction dans l’âme en pensant à ce crime, et à cette faute !

Quant à John Brown, il était apôtre, il était héros. Le gibet n’a fait qu’agrandir sa couronne. Le voilà martyr.

Blancs et Noirs, tous frères, tous égaux, serrons-nous plus que jamais autour du principe des principes: LIBERTÉ.

Votre ami

VICTOR HUGO

( Nineteenth-Century French Studies, n°16, 1-2, 1987-1988, p. 47-58. ) - (Source image : Hugo par Étienne Carjat, 1876 © domaine public)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

Lettre d’un écrivain censuré, Voltaire, au premier commis de la Censure Royale : « Une liberté honnête élève l’esprit et l’esclavage le fait ramper. »

Lettre de Victor Hugo sur les Misérables à M. Daelli : « À l’heure, si sombre encore, de la civilisation où nous sommes, le misérable s’appelle l’homme. »

Lettre de William Faulkner à David Kirk : « En donnant au Noir la possibilité de faire la preuve de son aptitude. »

les articles similaires :