Lettre de Vincent Lindon en soutien au réalisateur Jafar Panahi

2

min

lyndon

C’est bien ça le drame du monde, trop d’information tue l’information, trop d’injustice réduit notre capacité à nous révolter.

Vincent Lindon (15 juillet 1959 ), acteur, réalisateur et scénariste est l’un des emblèmes du cinema français. Figure discrète mais ferme sur ses principes, Vincent Lindon prend la défense d’un grand réalisateurs de la nouvelle vague iranienne, livrant une réflexion désabusée sur l’état du monde , qui est tout autant un véritable appel à la liberté.

A-A+

3 février 2011

J’ai reçu un mail de La Règle du jeu qui disait, entre autres, “Bien que vous ne puissiez être présent, nous pensons que les mots même les plus simples peuvent combattre les idéologies les plus terribles”. Eh bien non, plus aujourd’hui!

C’est bien ça le drame du monde, trop d’information tue l’information, trop d’injustice réduit notre capacité à nous révolter, et la multitude de toutes ces atrocités me font penser à un bateau qui se remplirait 2 fois, 5 fois, 10 fois plus vite qu’on ne l’écope.

Vous pouvez être fiers les artistes, écrivains, philosophes, peintres, musiciens, qui, tous les jours, poussez votre cri de colère, de fureur, pour lutter contre toutes ces abominations, comme, entre autres, la censure et le musellement de Jafar Panahi. Mais on devrait vivre dans un monde où un pays, où l’État serait assez courageux, sans concession, sans arrangement avec lui-même, pour ne pas que ce soit nous, les artistes, qui nous chargions de tout cela.

Diriger un pays c’est aussi le faire parler pour nous et ce n’est pas tout le temps à nous de parler pour lui. Et à chaque fois qu’on vous demandera et qu’on me demandera de le faire, nous répondrons toujours présent. Je ne peux m’empêcher de penser sans arrêt à cette phrase de Churchill, à Chamberlain, “Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre”.

Je remercie La Règle du jeu de nous permettre de gagner du temps et de choisir directement de faire la guerre.

( http://laregledujeu.org/2011/02/03/4566/eh-bien-la-guerre/ ) - (Source image : http://www.boxofficestory.com/vincent-lindon-box-office-a115023170)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

Lettre ouverte d’Isabelle Adjani à Sakineh : « Sakineh, votre nom bat dans mon cœur, et mon coeur bat en vous écrivant. »

Lettre de Jean-Luc Godard à André Malraux : « La censure, cette gestapo de l’esprit. »

Lettre ouverte de Vincent Macaigne : « La liberté dans l’art n’a pas de limites et ne doit pas en avoir. »

les articles similaires :

2 commentaires

  1. fevyug@bbox.fr

    Tellement et atrocement d’actualité, l’idée de révolte nous énerve tous, tant nos « sublimes » dirigeants détournent le regard dès qu’une responsabilité « vrai ment » se présente… que faire de plus que se révolter devant autant de mépris pour son propre peuple ; quelque soit la nationalité dans laquelle cette réflexion puisse être acceptée comme argumentaire d’une révolte inassouvie.

  2. Sophie Blasco

    la révolte n’est pas une faiblesse, c’est une vertu que l’on devrait cultiver… c’est en se révoltant que on abat les injustices.
    Les gouvernements ne se révoltent plus. Ils s’installent dans un confort de mesure et ferment les yeux. Ils oublient, surtout très vite, les promesses faites pour se faire élire, quand on peut encore avoir la chance de pouvoir le faire… car, les dictatures ont les dents longues et sont aux aguets pour s’emparer de la liberté du peuple et museler tout espoir de REVOLTE

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.