Lettre de Walter Benjamin à Henny Gurland

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Il ne me reste pas assez de temps pour écrire toutes ces lettres que j’eusse voulu écrire.

Entre la commémoration de la disparition de Walter Benjamin qui a mis fin à ses jours le 26 septembre 1940 à Portbou et celle du 110ème anniversaire de la naissance d’Hannah Arendt, il convient de ne pas oublier. Les deux philosophes se sont rencontrés plusieurs fois de leur vivant et en 1971, quatre ans avant sa mort, Hannah Arendt a publié un très bel essai sur Walter Benjamin, repris ensuite dans ses Vies politiques, à côté d’autres textes consacrés à des figures aussi différentes que Rosa Luxemburg, Karl Jaspers, Hermann Broch, Bertolt Brecht ou Martin Heidegger. Avant de disparaître, Benjamin avait confié des manuscrits à Hannah Arendt. Le 25 septembre 1940, Walter Benjamin dicte cette « lettre française », la toute dernière lettre de son existence, destinée à son ami le philosophe Theodor W. Adorno et à son amie Henny Gurland qui l’accompagne dans sa fuite en Espagne. Après sept ans d’exil dans différents pays d’Europe, persécuté parce qu’il est juif et marxiste, le traducteur de Proust et de Baudelaire décide d’en finir avec la vie à l’âge de 48 ans, deux ans avant Stefan Zweig,
Enterré en chrétien, Benjamin occupe la niche 563 d’un caveau du cimetière de Portbou pendant 5 avant d’être jeté à la fosse commune. C’est Hannah Arendt qui annonce à Gershom Scholem, la mort de leur ami commun quatre semaines plus tard : « Les Juifs meurent en Europe et on les enfouit comme des chiens ».

Les lettres française de Walter Benjamin ont été publiées avec le soutien de la Fondation d’entreprise La Poste.

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Le 25 septembre 1940

Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir. C’est dans un petit village dans les Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s’achever. Je vous prie de transmettre mes pensées à mon ami Adorno et de lui expliquer la situation où je me suis vu placé. Il ne me reste pas assez de temps pour écrire toutes ces lettres que j’eusse voulu écrire.

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( Walter Benjamin, Lettres françaises, Editions Nous, 2013 ) - (Source image : Lettre autographe signée de Walter Nenjamin à André Gide Collection particulière)
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