Lettre d’Édith Piaf à Louis Gérardin, son « amour bleu »

2

min

Piaf

Tu me dis d’avoir les pieds sur terre, je m’y refuse absolument, c’est trop bon de t’aimer comme je t’aime et d’aimer tout ce que tu aimes.

Édith Piaf (1915-1963) est la grande chanteuse que l’on connaît, devenue un mythe à la faveur d’une vie passionnée. En 1951, elle a trente-six ans. Elle est une star mondiale. La mort de Marcel Cerdan, en 1949, lui a brisé le cœur. Un jour, elle rencontre un bel homme, sportif lui aussi : le champion cycliste Louis Gérardin. Il est marié mais peu importe, Édith est amoureuse. Une aventure aussi sensuelle que sentimentale commence ; elle va durer un an, rythmée par les lettres de la chanteuse. Selon les mots de l’éditeur : une correspondance destinée à devenir mythique, elle aussi !

A-A+

Vendredi le 22 février 1952

à minuit 35

Encore 3 jours

Mon grand à moi,

Oh vivement vivement mardi mon amour, je n’en peux plus tu sais, que j’ai envie de t’embrasser mon amour, comme j’ai envie de me donner à toi entièrement, comme j’ai envie d’être sous toi, tes mains autour de ma gorge et de t’entendre me dire toutes les choses que j’aime entendre, oh oui j’ai envie d’être recouverte de toi, n’être plus rien, te sentir mon maître absolu, tu peux te vanter d’être aimé tu sais !
Je suis navrée pour Boulogne mais s’il n’y a pas moyen de faire autrement et que ce petit hôtel te plaît il me plaira sûrement, tu me dis d’avoir les pieds sur terre, je m’y refuse absolument, c’est trop bon de t’aimer comme je t’aime et d’aimer tout ce que tu aimes, je t’adore et toute ma vie, mes envies, c’est toi, je suis heureuse quand tu es heureux ! La seule chose agréable dans un hôtel tout près c’est que évidemment ça ira plus vite, il me tarde tellement d’être à toi tout à fait, crois-tu que ça vienne vraiment un jour ? Par moments je dois dire que je désespère, enfin, qui vivra verra !
Ce soir à Marseille il y avait la grève des tramways, nous pensions que cela nous ferait du tort eh bien nous avons fait 100 000 francs de plus que vendredi dernier, c’est bien, tu es content de ton petit bout ! Cette nuit je n’ai pas dormi une seule minute, je devenais folle tant j’étais énervée, ce que j’ai pu penser à des choses, tu en rougirais c’est tout te dire !
Loulou me demande chaque jour « Alors, où en est-il ? » Alors je lui réponds « toujours au même point » et il repart avec un air découragé, c’est moi qui le remonte à présent, il est tout surpris de voir que je lui raconte ça avec le sourire, il n’en revient pas ! Aujourd’hui j’étais très heureuse, deux coups de téléphone, t’avais perdu l’habitude, hein ? Moi pas, j’attendais chaque jour patiemment, mais j’étais comme sœur Anne je ne voyais rien venir. Cette fois-ci c’est mon avant-dernière lettre et dans 3 jours je prends le train, ouf, j’en ai assez d’attendre !
Tes parents vont-ils bien ? Ta sœur ? Et toi ? Remarque je ne vois pas pourquoi je te pose des questions, tu n’y réponds jamais. Je me demande si tu as tellement envie de me voir, tu ne m’en parles jamais, tu me fous des complexes, tu sais que par moments il me passe des drôles d’idées par la tête mais n’anticipons pas ! À vrai dire j’ai le cafard ce soir, je me sens bien seule et je me pose des tas de problèmes qu’il me faut résoudre et ce n’est pas très commode, enfin comme je te l’ai déjà écrit, n’anticipons pas.
Je ne sais si je vais dormir, mais je me sens bien triste, je me demande pourquoi est-ce [sic] difficile d’avoir un homme qu’on aime et je me sens très découragée ! Ne fais pas attention, si je ne te dis pas à toi mon état d’âme à qui veux-tu que je me confie ? J’aimerais bien t’avoir près de moi ce soir, j’en ai besoin.
Bonsoir mon amour.

Ton petit bout bien seul

piaf mon amour bleu

( Édith Piaf, Mon amour bleu. Lettres inédites, Paris, Grasset, 2011. ) - (Source image : Édith Piaf tijdens een optreden in Rotterdam, 1962, Nationaal Archief, (Dutch National Archives) © Creative Commons)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction

Lettre d’Edith Piaf à Marcel Cerdan : « Mercredi, je serai dans tes gants, dans ton souffle, dans tes yeux, dans ton cœur, partout. »

Lettre d’Edith Piaf à Marcel Cerdan : « Mon amour, tu ne pourras jamais imaginer avec quelle force je t’aime. »

Lettre d’Edith Piaf à Marcel Cerdan : « Je suis prête à tout sacrifier. »

les articles similaires :