Lettre d’Edith Piaf à Marcel Cerdan

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Edith Piaf et Marcel Cerdan

Je suis prête à tout sacrifier.

Edith et Marcel, Piaf et Cerdan, la Môme et le boxeur : le couple est devenu légende. Les deux amants se rencontrent aux Etats-Unis en 1948, alors que la chanteuse entame une tournée triomphale à New-York et que Cerdan prend du galon sur les rings américains. Le coup de foudre est immédiat. Cerdan étant un homme marié, leur liaison fait la une de la presse de l’époque. L’idylle tourna court, néanmoins, et s’acheva par la mort tragique de Cerdan, le 28 octobre 1949, dans un crash d’avion, sur la liaison Paris-New York. Ce jour là, Marcel partait rejoindre son Edith… Elle ne s’en remit jamais tout à fait.

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Casa[blanca], vendredi 22 juillet 1949

Mon adoré,

J’ai tant de choses à te dire et puis tout se bouscule. Et je me rends compte à chaque fois que je termine une lettre, que j’avais encore mille trucs à écrire et que c’est encore une fois trop tard. La seule phrase que je n’oublie jamais c’est que je t’aime de plus en plus et que je suis complètement folle de toi. C’est vrai, mon adoré, je m’habitue de moins en moins à nos séparations et mon coeur se déchire à chaque fois un peu plus. Je t’aime si profondément, si fort dans moi, je suis imprégnée de toi et n’ai qu’une seule idée : te rendre heureux. Je serais capable de tout pour ton bonheur. Si tu savais les idées qui me traversent la tête, j’ai tant peur que tu aies de la peine à cause de moi, je ne veux jamais être une entrave à ton coeur. Quand je m’aperçois, mon amour, la place que tiennent dans ton coeur tes trois petits, j’ai envie de partir très loin me disant que peut-être un jour tu me seras reconnaissant de l’avoir fait. Ta vie est si solidement bâtie sur des choses que tu as voulues et construites toi-même, que des fois, j’ai des peurs atroces. Oh, chéri, Dieu m’est témoin que dans cette histoire, je ne demande rien et que je suis prête à tout sacrifier. Mais jusqu’à quand pourrons-nous vivre ainsi. Une lettre, un téléphone, une stupide coïncidence peut nous trahir et alors… ? Que deviendrons-nous ? Quelle sera ta réaction ? As-tu pensé à toutes ces choses ? Il le faut pourtant, car je ne veux pas qu’un jour tu me gardes une rancune de ce qui peut advenir ! Cela devient de plus en plus difficile pour nous et mon coeur tremble à chaque minute ! Je veux que tu penses à nous froidement, que tu regardes bien au fond de toi et savoir aussi les responsabilités à envisager au cas où… !

[…] Comment es-tu ? Je suis si inquiète, tu me fais trembler tout le temps. Peut-être en Amérique, allons-nous enfin être heureux. Chéri, je t’aime tant, tu ne peux savoir à quel point, tout au monde pour toi je ferais. Je me jette dans tes bras que j’adore, je t’appartiens, tout petit adoré que j’aime. Serre-moi fort contre ton coeur, empêche-moi de respirer et dis toi que rien au monde ne compte pour moi que toi, je te le jure sur ma voix, ma vie, mes yeux. Chéri, chéri, j’aimerais passer toute ma vie à tes pieds et te servir. Tu es si merveilleux et je t’admire tant. Momone et Loulou t’embrassent, quant à moi je te fais ce que tu veux. Moi petite.

Edith Piaf

( Agnès Pierron, Lettres d'amour, Le Robert, 2015 )
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17 commentaires

  1. Hélène Gadeaud

    Il est important de se remémorer l’ardeur qu’elle mettait dans chaque phrasé musical, la chaleur et le poids de sa voix dans tout son art à chanter, la passion émanait de son âme, la force qu’elle mettait à vouloir exprimer l’Amour visible jusque dans les soupirs de la portée musicale. J’imagine ainsi sa voix chaude et puissante donnée à chacun des mots de sa lettre.

    • Albert Azoulay

      C’est un amour qui nous fait rêver et nous transporte dans l’éternité. Un amour profond que seules les âmes pures peuvent ressentir et s’enivrer et qui nous renvoie â nos propres amours impossibles, nous laissant un goût de miel difficile à avaler..

  2. Oriana cottard

    Une telle lettre a en perdre le souffle tellement sa puissante passion tintonne au grand jour.
    Une telle lettre d’un amour si rare ou comme il en est pratiquement disparue a notre epoque. Quel Amour alors. J’en frissone moi de bonheur a la lire.

  3. Sylvie L.

    Magnifique… Un amour exceptionnel, une femme et une homme hors du commun. La vie ne l’a pas épargné, que de souffrances pour une si grande dame au cœur immense.

  4. Maïla Nepveu

    Ce ne sont pas des mots d’amour, de ceux que l’on susurre à l’oreille de l’aimé, couché sur les herbes folles, un soir d’été, sous le ciel étoilé. Non, c’est un cri d’amour entier, impérieux, désespéré et généreux qui vient du ventre, qui vient des entrailles. Edith est folle d’amour pour son Marcel, il est la sève de sa vie, elle est aussi prête à se sacrifier pour lui, par amour, par respect, par générosité, par abandon. Cela me rappelle les vers des « Stances amoureuses » de Marguerite de Navarre : « Clair soleil de mes yeux, si je n’ai ta lumière, une aveugle nuée ennuite ma paupière, une pluie de pleurs découle de mes yeux. Belle âme de mon corps, bel esprit de mon âme. Flamme de mon esprit et chaleur de ma flamme. Je vis par et pour toi, ainsi que pour moi-même. Je vis par et pour moi, ainsi que pour toi-même. Nous n’aurons qu’une vie et n’aurons qu’un trépas. Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne… »
    Ce fut Cerdan qui mourut, et Piaf qui suivit, mourant à petit feux.
    Non rien de rien, non elle ne regretta rien….

    • oneperson

      A beautiful letter seriously! It’s so full of love , of real love, this particular love who happens just one time in a life… Such a sad romance, it makes me feel a lot of sympathy for them , Edith Join her man thanks to death…

  5. helene.sall@gmail.com

    Magnifique et puissant don de soi d’une Édith dont la carrure professionnelle tranche avec sa vulnérabilité de femme amoureuse. On ressent ses tourments. C’est poignant.

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