Lettre d’Emile Zola à Alexandrine

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zola

Dreyfus est innocent

Emile Zola rencontre Alexandrine Meley en 1865 avant de l’épouser en 1870. En 1888 Jeanne Rozerot devient sa maîtresse et lui donne un premier enfant en 1889. A partir de 1891, Alexandrine trompée décide de passer tous les automnes en Italie, signe de sa propre indépendance. Pendant ses absences, Zola ne cesse de lui écrire pour essayer de préserver son couple. Il reste étranger à l’affaire Dreyfus de ses origines jusqu’à la fin de l’année 1897. En 1895, il pense encore que Dreyfus est peut-être coupable. Les campagnes de haine antisémite, qui se déclenchent à l’occasion de révélations sur l’Affaire dans la presse en révélant l’innocence de Dreyfus, incitent tout de même l’écrivain à intervenir en faveur des Juifs. En novembre 1897, Zola bascule : cette lettre à sa femme Alexandrine se situe le 8 novembre 1897 au moment où l’écrivain commence à être convaincu de l’innocence du capitaine Dreyfus. Après avoir publié trois articles vengeurs dans le Figaro, à partir du 19 novembre 1897, il publie son fameux « J’accuse » dans l’Aurore le 13 janvier 1898.

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Lundi soir 8 novembre 1897

Chère femme,

Je ne sais pas si tu suis l’affaire Dreyfus, ce capitaine condamné il y a trois ans, pour crime de trahison. Or, aujourd’hui, le bruit s’est répandu qu’il était innocent, et la presse entière mène grand tapage, depuis que M. Scheurer-Kestner a pris l’affaire en mains, en promettant de faire la vérité. De la part de ce dernier, un M. Leblois, avocat, est venu me voir, comme il est allé voir Coppée, pour me mettre au courant de toute l’histoire. Les pièces qui m’ont été soumises m’ont absolument convaincu : Dreyfus est innocent, il y a là une épouvantable erreur judiciaire, dont la responsabilité va retomber sur tous les gros bonnets du ministère de la Guerre. Le scandale va être affreux, une sorte de Panama militaire. Je ne puis te raconter les choses en détail, ce serait trop long, et puis je ne veux pas les confier à cette lettre, qui pourrait s’égarer, qu’on pourrait lire. Sans doute, samedi, je déjeunerai chez M. Scheurer-Kestner, qui désire causer avec moi. – Sois sans crainte, tu sais combien je suis prudent. Je ne me mettrai en avant que si je dois le faire, après avoir songé que je ne suis pas seul dans la vie et que j’ai charge d’âmes. J’avoue qu’un tel drame me passionne, car je ne connais rien de plus beau. – Suis attentivement l’affaire dans les journaux français que tu lis ; et, dès ton retour, si l’affaire n’est pas encore publique, je te mettrai au courant de vive voix.

[…]

Mille bons baisers, chère femme, de tout mon cœur.

Émile Zola.

[Dans la marge, sur la deuxième page] Encore une fois, le silence le plus absolu sur l’affaire Dreyfus. Si l’on en parlait devant (toi), ne laisse pas même échapper que tu le crois innocent.

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L’écriture d’Emile Zola : Lettre d’exil de Zola à Alexandrine datée du 7 août 1898
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( Emile Zola, Lettres à Alexandrine (1876-1901), Gallimard, 2014 )
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