Lettre d’Erik Satie à Suzanne Valadon

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valadon

Partout je ne vois que tes yeux.

La seule histoire d’amour connue d’Erik Satie, c’est celle qu’il a vécue avec Suzanne Valadon, artiste peintre et mère de Maurice Utrillo, en 1893. Le compositeur se fait à l’occasion poète, pour écrire la magnifique déclaration épistolaire que voici. Mais l’histoire est courte : Satie est très éprouvé par la rupture, cinq mois seulement après le début de leur relation. Il compose alors une œuvre majeure, Vexations, dont la courte mélodie est vouée à être répétée huit cent quarante fois de suite (c’est-à-dire pendant douze à vingt-quatre heures). La mystérieuse partition fut découverte après la mort du compositeur, par John Cage. Depuis, des virtuoses du monde entier tentent régulièrement de la jouer.

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11 mars 1893

Cher petit Biqui

            Impossible

de rester sans penser à tout

            ton être ; tu es en moi toute entière ; partout

            je ne vois que tes yeux

            exquis, tes mains douces

            et tes petits pieds d’enfant.

            Toi tu es heureuse ; ce n’est pas

ma pauvre pensée qui ridera ton front transparent ;

            non plus que l’ennui de ne point me voir.

            Pour moi il n’y a que la glaciale

solitude qui met du vide dans la tête

            et de la tristesse plein le cœur.

            N’oublie pas que ton pauvre ami

espère te voir au moins à un de ces trois rendez-vous :

            1° Ce soir à 9 heures moins le quart de chez moi

            2° Demain matin encore chez moi

            3° Demain soir chez Devé (Maison Olivier)

J’ajoute, Biqui chéri, que je ne me mettrai

nullement en furie si tu ne peux venir à ces rendez-vous ;

            maintenant je suis devenu terriblement raisonnable ;

            et malgré

            le grand bonheur que j’ai à te voir

je commence à comprendre que tu ne peux point toujours

            faire ce que tu veux.

Tu vois, petit Biqui, qu’il y a commencement à tout.

            Je t’embrasse sur le cœur.

Erik Satie

couv

( Erik Satie, Correspondance presque complète, Fayard ) - (Source image : Erik Satie, © Wikimedia Commons / Photo of Suzanne Valadon (1865-1938), painter and model, © Wikimedia Commons)
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Lettre d’Erik Satie à Suzanne Valadon : « Partout je ne vois que tes yeux. »

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Un commentaire

  1. Monique Martens

    Je viens de poster un message qui dit dans les grandes lignes ceci : mon étonnement car ce musicien de génie est souvent ironique, d’une simplicité désarmante, sa relation amoureuse avec Suzanne Valadon qui fera son portrait à l’époque de sa jeunesse, il a les cheveux roux et longs, pas de barbiche, le dictionnaire Le Petit Robert DES NOMS PROPRES, EDITION 2016, qui publie le portrait fait par Suzanne Valadon, ne dit mot sur l’idylle en question !
    Waterloo Belgique le 25/06/2016 à 11:58

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