Lettre d’Henrik Ibsen à Georg Brandes

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Ibsen large

L'État est une malédiction pour l'individu. L'État doit disparaître !

Henrik Ibsen (20 mars 1828 – 23 mai 1906) est un dramaturge norvégien. Il a voyagé en Europe et a travaillé, entre autres, pour les théâtres de Bergen et de Christiana (aujourd’hui Oslo). Les pièces Une maison de poupée ou Le Canard sauvage, parmi les plus connues sont fréquemment jouées à l’international. Elles participent pleinement au renouveau du théâtre européen à la fin du XIXe siècle, qui s’opère en grande partie sous l’impulsion des auteurs scandinaves.

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février 1871

En ce qui concerne la question de la liberté, je suppose qu’elle s’en réduit à un désaccord sur le sens. Je n’accepterai jamais qu’on donne pour équivalentes « liberté » et « libertés politiques ». Ce que vous appelez « liberté », je l’appelle « libertés » au pluriel, et ce que j’appelle le combat pour la liberté n’est autre chose que l’appropriation permanente et vivante de l’idée de liberté.

Celui qui possède la liberté autrement que comme ce à quoi il faut aspirer possède une liberté morte, vide de sens, car, de par sa nature, la notion de liberté se développe sans cesse dans un processus d’appropriation, et si donc quelqu’un s’arrête au milieu du combat et dit : « Maintenant, je la possède », il s’avère que, par là-même, il vient de la perdre. Mais cette dimension statique d’une certaine conception établie de la liberté est quelque chose de propre aux sociétés organisées en États et, comme je l’ai dit, cela ne donne rien de bon. Certes, i est bon d’être dépositaire de la liberté de l’électeur, de la liberté du contribuable, etc. mais cela est bon pour qui ? Pour le citoyen, non pour l’individu. Pour l’individu, il n’existe aucune nécessité dictée par la raison d’être citoyen. Au contraire. L’État est une malédiction pour l’individu. L’État doit disparaître ! Je participe à cette révolution-là. […]

Les changements de régime en sont rien d’autre que d’absurdes petits réglages de degrés, plus ou moins importants — tout cela est dérisoire. L’État est a ses racines dans le temps, il aura son zénith dans le temps. Des choses encore plus grandes disparaîtront : toute religion disparaîtra. Ni les notions de morale ni les formes d’art n’ont l’éternité pour elles.

henrik ibsen

( Hans Heiberg, Henrik Ibsen, adapté par Bertrand Angleys et traduit par Elisabeth Lindell et Éric Guilleman, Paris, Esprit ouvert, « Biographies », 2003. ) - (Source image : Ibsen par Julius Schaarwächter © domaine public)
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