Lettre d’Isadora Duncan à un·e inconnu·e

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Isadora Duncan large

Je vais leur donner ce grand trésor spirituel de mon art

En cette Journée internationale de la danse, découvrons une lettre d’Isadora Duncan (26 ou 27 mai 1877 – 14 septembre 1927), prêtresse de la danse moderne ayant révolutionné son art ! L’Américaine marque durablement les esprits lorsqu’elle s’installe à Paris dans les années 1900, ce qui constitue pour elle l’occasion de fréquenter les avant-gardes artistiques et de continuer ses recherches sur la dimension véritablement spirituelle de la danse. Elle vit brièvement à Moscou entre 1922 et 1924, période au cours de laquelle a probablement été écrite la lettre suivante.

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[sans date]

Moscou est certainement l’un des centres les plus intéressants, si ce n’est le plus intéressant, du monde aujourd’hui. Oui, malgré les épreuves et les souffrances, il existe ici une source. Aujourd’hui, je préfère de beaucoup être ici plutôt que dans n’importe quelle ville dite prospère, et ses habitants, même avec leurs souffrances, me paraissent une plus belle expression de l’humanité que ces nouveaux riches et ces vendeurs de canons, suffisants et gras, qui se promènent en automobile à la recherche de plaisirs qu’ils trouvent d’ailleurs rarement. Laissez-les venir ici nourrir le district de la Volga, ils y trouveront peut-être le bonheur par contagion.

Je prédis que Moscou sera bientôt la ville la plus recherchée, une sorte de Klondike spirituel. Artistes fatigués, idéalistes, chercheurs de vérité, tous viennent ici en masse vers cette grande source bienfaisante de lumière spirituelle. Pour ma part, cet art avec lequel je suis née et dont, je le sais, tous les enfants du monde ont besoin, j’espère pouvoir le communiquer ici, à ces enfants qui souffrent du manque de tout confort matériel. Je vais leur donner ce grand trésor spirituel de mon art, non pas ces copies et ces caricatures qui en ont été faites, non pas cet art paralysé par des théories et tué par des systèmes — Dalcroze et d’autres — mais un art spontané et vrai, tel que Dieu me l’a donné, « à dessein » comme disait Walt Whitman.

duncan

( Isadora Duncan, La Danse de l'avenir, Paris, Éd. Complexe, 2006. ) - (Source image : Isadora Duncan as the first fairy in Midsummer night's Dream, 1896, Baker Art Gallery © domaine public)
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