Lettre du père de Jackson Pollock, LeRoy, à son fils âgé de 16 ans

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Jackson Pollock par Goodnough

Plus tu apprendras de choses, plus tu seras capable de les apprécier et de prendre la pleine mesure de la joie et du bonheur de l’existence.

Jackson Pollock (28 janvier 1912 – 11 août 1956), artiste aujourd’hui mondialement connu pour ses toiles abstraites, a grandi dans une famille pauvre de l’Ouest américain au milieu d’une grande fratrie. Son père, qui, pour nourrir la famille, dût trouver du travail loin du foyer familial, continua, malgré une alcoolémie notoire d’entretenir un lien épistolaire avec ses fils. Dans cette lettre à Jackson, le père, non sans philosophie, prodigue conseils et recommandations à son plus jeune garçon. Des prescriptions qui, semblerait-il, ont porté leurs fruits.

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1928

Mon cher fils, Jack,

Cela va faire un petit moment que j’ai reçu ta belle lettre. Je ne suis pas peu fier de recevoir des lettres de cinq petits gars nommés Charles, Mart, Frank, Sande et Jack. Les lettres sont pleines de vie, d’intérêts, d’ambition et de bonne camaraderie. Cela emplit mon vieux cœur de joie et je me sens comme « Bully ». Bref, j’étais ravi de connaître tes sentiments concernant ton travail de cet été et ta rentrée à l’école l’année prochaine. Le secret de la réussite est de concentrer son attention sur la vie, sur le sport et les bons moments, sur tes études, sur tes camarades d’école, sur les petites choses de la nature, les insectes, les oiseaux, les fleurs, les feuilles,… En d’autres mots, d’être totalement attentif à tout ce qui te concerne et, plus tu apprendras de choses, plus tu seras capable de les apprécier et de prendre la pleine mesure de la joie et du bonheur de l’existence. Je ne crois pas qu’un jeune homme doive être trop sérieux, pour rééquilibrer tout cela, il doit dévorer Dickens régulièrement.

Je crois que tes réflexions sur la religion sont bonnes. J’estime que chacun doit penser, agir et croire en fonction des préceptes qui régissent sa propre existence, sans trop de pression extérieure. Je pense aussi qu’il y a une puissance supérieure, une force suprême, un gouverneur, ou quelque chose qui contrôle l’univers. Ce qu’est cette chose et la forme qu’elle prend, cela je l’ignore. Il est possible que notre esprit ou notre âme existe dans l’espace sous une autre forme après avoir quitté nos corps. Rien n’est impossible et nous savons que rien n’est détruit, tout se transforme chimiquement. Si nous brûlons une maison et son contenu, nous changeons la forme mais les mêmes éléments continuent à exister : le gaz, la vapeur, les cendres. Ils sont tous là, comme avant.

J’ai reçu deux lettres de Mère l’autre jour, l’une du 12 et l’autre du 15. Je suis toujours ravie de recevoir des lettres de ta mère, c’est un ange non ? Ta mère et moi avons été un échec complet au niveau financier mais si nos garçons deviennent de bons citoyens utiles, alors rien d’autre n’a d’importance. Nous savons que c’est le cas, alors pourquoi ne pas jubiler ?

Le temps est beau ici, mais j’imagine que ça ne va pas durer éternellement, en vérité, nous attendons les tempêtes de neige avec impatience, ce sera notre excuse pour rentrer vers la ceinture orange. Je ne sais pas ce que je ferai ou si j’aurais un travail quand je m’en irai d’ici, mais je ne m’inquiète pas car il est inutile de s’inquiéter sur ce qu’on ne peut pas changer ou sur ce qu’on peut changer. Conclusion : ne nous inquiétons pas du tout.

Ecris-moi, parle-moi ce que tu fais à l’école et de toi en général. J’apprécie ta confiance.

Tu dois sans doute avoir des journées difficiles à ton travail chez Crestline cet été. Je peux imaginer les montées difficiles, le temps chaud, etc. Mais ces tâches difficiles forgent le caractère et le physique. Enfin, je suppose qu’après avoir lu tout cela, tu auras la tête fatiguée Jack et que tu auras besoin de te détendre. Alors bonne nuit, fais de beaux rêves et que Dieu te bénisse.

Avec toute mon affection,

Ton Papa.

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