Lettre de Jean d’Ormesson au président de la République

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ormesson

Couper notre langue de ses racines grecques et latines serait la condamner de propos délibéré à une mort programmée.

Jean d’Ormesson, né le 16 juin 1925, écrivain, diplomate et journaliste à succès, vient de faire son entrée dans La Pléiade. Il constitue un cas singulier dans la culture française : c’est un nonagénaire populaire, un académicien prisé de la jeunesse. Académicien, gaulliste, figure emblématique du Figaro, il a pris parti lors du récent débat sur la réforme de l’enseignement, avec hauteur et élégance. Hommage épistolaire à un monstre sacré des lettres, au regard toujours pétillant !

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8 mai 2015

Monsieur le président de la République,

Plus d’une fois, vous avez souligné l’importance que vous attachiez aux problèmes de la jeunesse, de l’éducation et de la culture. Voilà que votre ministre de l’Éducation nationale se propose de faire adopter une réforme des programmes scolaires qui entraînerait, à plus ou moins brève échéance, un affaiblissement dramatique de l’enseignement du latin et du grec et, par-dessus le marché, de l’allemand.

Cette réforme, la ministre la défend avec sa grâce et son sourire habituels et avec une sûreté d’elle et une hauteur mutine dignes d’une meilleure cause. Peut-être vous souvenez-vous, Monsieur le président, de Jennifer Jones dans La Folle Ingénue ? En hommage sans doute au cher et grand Lubitsch, Mme Najat Vallaud-Belkacem semble aspirer à jouer le rôle d’une Dédaigneuse Ingénue. C’est que son projet suscite déjà, et à droite et à gauche, une opposition farouche.

On peut comprendre cette levée de boucliers. Il y a encore quelques années, l’exception culturelle française était sur toutes les lèvres. Cette exception culturelle plongeait ses racines dans le latin et le grec. Non seulement notre littérature entière sort d’Homère et de Sophocle, de Virgile et d’Horace, mais la langue dont nous nous servons pour parler de la science, de la technique, de la médecine perdrait tout son sens et deviendrait opaque sans une référence constante aux racines grecques et latines. Le français occupe déjà aujourd’hui dans le monde une place plus restreinte qu’hier. Couper notre langue de ses racines grecques et latines serait la condamner de propos délibéré à une mort programmée.

Mettre en vigueur le projet de réforme de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ce serait menacer toute la partie peut-être la plus brillante de notre littérature. Montaigne et Rabelais deviendraient vite illisibles. Corneille, Racine, La Fontaine, Bossuet changeraient aussitôt de statut et seraient difficiles à comprendre. Ronsard, Du Bellay, Chateaubriand, Giroudoux ou Anouilh — sans même parler de James Joyce — tomberaient dans une trappe si nous n’apprenions plus dès l’enfance les aventures d’Ulysse aux mille ruses, si nous ignorions, par malheur, qu’Andromaque est la femme d’Hector, l’adversaire malheureux d’Achille dans la guerre de Troie, si nous nous écartions de cette Rome et de cette Grèce à qui, vous le savez bien, nous devons presque tout.

Les Anglais tiennent à Shakespeare, les Allemands tiennent à Goethe, les Espagnols à Cervantès, les Portugais à Camõens, les Italiens à Dante et les Russes à Tolstoï. Nous sommes les enfants d’Homère et de Virgile — et nous nous détournerions d’eux ! Les angoisses de Cassandre ou d’Iphigénie, les malheurs de Priam, le rire en larmes d’Andromaque, les aventures de Thésée entre Phèdre et Ariane, la passion de Didon pour Énée font partie de notre héritage au même titre que le vase de Soissons, que la poule au pot d’Henri IV, que les discours de Robespierre ou de Danton, que Pasteur ou que Clemenceau.

( http://bit.ly/1RZe7wO ) - (Source image : Georges Seguin (Okki), Jean d'Ormesson au Salon du livre de Paris lors d'un tête-à-tête avec António Lobo Antunes, 29 mars 2010, © Wikimedia Commons)
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36 commentaires

    • Lluis Ripoll

      Justement pour ça Claudia je pense qu’il nous faut un retour aux valeurs dans les humanités, si vous me le permettez, je ne voudrais pas un monde d’économistes ou d’ingénieurs qui ne savent pas parler ou sentir l’émotion vers une poésie, musique ou quelconque oeuvre d’art. Des personnes qui soient un peu plus capables que de cliquer « Like »…..

      • Mathieu

        En tant qu’ingénieur justement, je trouve pour une fois que cette décision est logique. A l’heure de la crise où il faut faire des économies à tous les niveaux, enseigner des langues mortes, au COLLEGE (en études supérieures de littérature, c’est évidemment autre chose), me semble peu pertinent. C’est un peu comme enseigner de la philosophie dès la seconde… Les futurs techniciens, ingénieurs, médecins, agriculteurs, à quoi cela va leur servir, à part leur faire perdre du temps ? Dans le même temps que je sache, on n’impose pas de cours d’ingénierie aux sections littéraires. Le collège doit permettre aux adolescents de se forger des capacités de raisonnement, d’analyse et d’être capable d’écrire et de parler correctement le français. Au vu du niveau réel de nos jeunes de 12-16 ans (je n’aborde même pas ici le niveau de déchéance de nos bacheliers), poursuivre cet éparpillement de l’enseignement avec l’argent de nos impôts me parait bien futile.

        • patnaudebis@wanadoo.fr

          Monsieur ,
          j ai fait mes humanités , j ai commencé le latin en cm2 ….. pour que dès l entrée en 6eme je sache ce qu était une déclinaison , par exemple , dès la 5eme j ai commencé le grec , qui m a semblé fort difficile , mais ô combien bénéfique pour toutes les racines de nos mots français …. comme cela dès la 4eme je savais lire et écrire le grec ancien avec tout son alphabet nouveau .
          je me suis coltinée les différents problèmes de géométrie , d équation de logarithmes j en passe et des meilleurs et tout ca pourquoi ? pour enseigner à des dégénérés mentaux qui en troisième ou même seconde faisaient une faute par mot à peu près . je pèse mes mots en vous disant des dégénérés … ils n avaient rien d humains ceux à qui j enseignais …. je suis sortie de l enseignement car je n arrivais pas à donner mes cours dans les différentes langues que l on m imposait ….. argot , verlan, polonais , roumain, tchèque, etc… etc …
          alors quand même, prière de nous laisser notre bonne vieille langue française tranquille , avec son étymologie;ses racine ,sa grammaire et sa littérature ! je regrette l enseignement tardif de la philosophie , car en un an , un adolescent ( en principe …) ne peut avoir la méthode pour pouvoir réfléchir par lui même et non répéter comme un perroquet ce qu il entend chez lui ou dans les médias.
          .

          • evelyne.lageat@wanadoo.fr

            même parcours, élève moyenne, baccalauréat au ras des pâquerettes, bts de secrétaire, puis un monde s’ouvre et finalement reprise d’études à 48 ans et thèse avec mention TB et félicitation du jury à l’unanimité (psychopathologie) et licence de philosophie.
            J’ai subi latin, anglais, allemand, géométrie, chimie, russe, tous les siècles du Lagarde et Michard, j’ai détesté, et maintenant j’adore tout cela et j’y suis revenue avec passion. Plus le grec ancien qui est une merveille de notre civilisation. Dommage pour tous nos jeunes

        • matthieu.deltombe@hotmail.com

          @Mathieu

          Je suis étudiant en histoire et ce que vous dites là me dégoute …

          Si je me soumets au même raisonnement que le votre, à quoi servent la biologie et la science physique à un professeur d’histoire, à un journaliste, à une boulangère ou à un agent de la poste?

          L’école, le collège et le lycée sont necessaires pour forger le futur adulte aux métiers qu’il désire faire et dans cette optique, l’enseignement commun se doit de satisfaire toutes les matières necessaires après le brevet (peu importe l’orientation de l’élève.) Ainsi, le latin n’est pas qu’une vulgaire langue morte que l’on apprend pour briller en société. Elle permet notamment d’appréhender l’origine de notre langue et de nos mots (utile pour de nombreuses professions autres que medecin ou prof).

          D’ailleurs, vous avez un raisonnement paradoxal puisque vous dites que la philo est peu pertinent … et ensuite vous admettez qu’un ado doit se forger des capacités de raisonnements et d’analyse … quoi de mieux que la philosophie pour apprendre à l’adolescent à réfléchir et à raisonner par lui même?

          Enfin, je finirai sur ce point : « poursuivre cet éparpillement de l’enseignement avec l’argent de nos impôts me parait bien futile » … à cela je répondrai comme Jack Sparrow dans « Pirates des Caraïbes » : « Tous les trésors ne sont pas faits d’argent et d’or, l’ami ». L’éducation, la santé, la recherche (que ce soient des sciences mathématiques, historiques, humaines, physiques, etc) et la culture sont des domaines qui ne pourront jamais être rentables … car ce sont des domaines necessaires à l’avenir de l’Humanité.

  1. Albert Azoulay

    Monsieur d’Ormesson, avouez donc que vous exagérez trop et que vous abusez de votre situation d’académicien. La société n’est pas faite exclusivement d’homme de lettres comme vous. Les temps ont changé, regardez un peu autour de vous, pas seulement dans votre académie, lisez les livres de Huelbecq et de Zemmour, vous verrez que vous continuez à vivre dans un monde révolu.

    • Guppy

      Sans oublier la Gaule et Vercingétorix! Il est évident que vous ne risquez pas d’abuser de votre situation Albert. Le grec et le latin sont les références de la médecine, la botanique, le droit, la poésie et j’en passe des essentiels… Indémodable Jean d’Ormesson, fusse t il Grec ou Romain lui même d’origine lointaine, une belle personne animée d’une authentique passion de l’écriture. C’est sans équivoque de aequivocus, de aequus : égal, semblable, et vox : voix, parole, est l’expression d’une pensée à double sens, susceptible d’une double interprétation. …: Tout sauf « Persona non grata ».

  2. Maria González

    Moi, au contraire, je trouve que Monsieur d’Ormesson a bien raison. Quand on coupe les racines d’un arbre, il meurt. Technologie ou pas. Le monde ne va jamais en avant, le temps linéaire n’existe pas, et maintenant nous sommes en plein Kali Yuga, le cycle de l’ignorance et la barbarie selon la culture indienne. Malhereusement, les commentaires que je viens de lire ne font que confirmer ce fait. La France a toujours eté un modèle de politique culturelle pour nous en Espagne, et ce serait bien dommage de le perdre!

  3. christine.lherideau@orange.fr

    Bon anniversaire Monsieur d’Ormesson ! Que votre sourire et le pétillement de vos yeux continuent encore longtemps à illuminer le monde littéraire . Défendre la langue française est un devoir ; préserver le patrimoine culturel et les héritages ô combien immenses de nos grands auteurs , s’indigner de voir cette langue bafouée , affaiblie, doit être un combat s’il le faut ! Il y va de notre survie intellectuelle et surtout de celle de nos successeurs !

  4. JP MYRTA

    A Albert Azoulay,
    Je préfère humer l’air embaumé des corbeilles de roses anciennes de Jean d’Ormesson que souffrir les haut-le-cœur de vos poubelles contemporaines.
    Et je continuerai à lutter pour tous mes sens en éveil.

    • Marie

      Je remarque que les deux commentaires qui me précèdent vont à l’encontre du message de Jean d’Ormesson. Mais si on se rend compte que, dans la vie moderne, le langage s’est appauvri de telle sorte que dans la chanson dite française, c’est le registre de langage propre aux enfants de huit ans qui est utilisé, on peut, devant ce constat, effectuer un choix : celui de baragouiner ou celui de reprendre en mains les rênes de notre culture. Je dis bien : nous avons le choix.
      Intelligence = « inter legere », créer des liens , associer.
      Education = « ex-ducere », conduire hos de , donner l’autonomie.

      Deux des plus beaux mots de la langue française que le latin nous aide à comprendre.

    • geryposte

      Nonagénaire, cela signifie qu’il n’a plus d’âge, qu’il n’y a pas d’âge pour les…? Ou simplement qu’il a …nonante ans!!! et que beaucoup de gens nés en 1925 ont dû faire des choix … en 1940 jusqu’en 1944… Et tous n’étaient pas « fils de famille », malheureusement pour eux.. (dixit mon père et ses récits de l’époque : La réalité pour des gens du peuple, résistants, envers et contre tous ces « petits pères du peuple, Hitler, Staline ou Pétain, etc.) fut très douloureuse, et même dévastatrice! Comme quoi, Liberté, EGALITE, Fraternité, en France…!

  5. Fabritz

    Oser repondre aux propos raisonnes de Monsieur d’ormesson releve de la derision mais le contredire, c’est du delire.
    Tant que cette flamme eclairera le phare de la langue francaise, nos enfants garderont le bon cap jusqu’au jour ou la langue francaise sera plongee dans le noir, et vos enfants vous maudiront devant le fosse que vous avez creuse au mepris de leurs racines..Je vous meprise deja rien que pour la teneur debile de vos propos ridicules …

  6. VENDEL

    Je suis fille du peuple, de grands-parents italiens et il m’a été enseigné de toujours essayer de progresser, de toujours faire mieux et je m’aperçois que nos gouvernants (de tout bord), sont en train de tout niveler par le bas. Quelle désolation !!!!
    Je n’ai fait ni grec ni latin à l’école mais j’ai appris toutes ces racines qui nous sont tellement utiles pour comprendre notre belle langue : Merci pour votre cri de révolte, Monsieur d’Ormesson!

  7. fevyug@bbox.fr

    Que vient faire ici le niveau d’éducation, si l’on peut parler de « niveau » pour l’éducation… quelque soit le milieu dans lequel nous avons été élevé, quelque soit le milieu dans lequel nous nous sommes plongés pour élever à notre tour nos enfants, quelque soit le milieu dans lequel nous accueillons nos petits enfants… rien, absolument rien ne nous empêche de penser et de rendre le débat intelligent, rien. Alors pensez un seul instant que l’on enlève à la France ses sources, ses muses et ses racines, que deviendrait la musique qui rend cette langue si belle à lire, à penser et à entonner ? Si il y a bien des valeurs à conserver, ce sont les racines mêmes de l’identité française. Quelque soit votre âge et le milieu dont vous venez, rien absolument rien ne nous oblige à retirer de l’éducation les racines de notre langue, pensez à vos enfants, ils vont s’y noyer et vous connaitrez les responsables… rien ne vous oblige à régresser, osons progresser.

  8. Marie-Claude QUEFFEULOU

    Très beau texte avec des traits d’humour pour Madame Vallaud-Belcacem. Oui nous devons beaucoup au Latin et au grec. Si j’avais pu étudier en section claissique, plutôt qu’en section moderne je pense que cela m’aurait été bénéfique pour mes études de droit. Je suis contre cette réforme qui tire encore plus l’enseignement vers le bas. En tant qu’ancienne enseignante je trouve très dangereux le chemin que prend ce gouvernement qui a trahi tous les idéaux du socialisme!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  9. Boma

    Les victimes du système éducatif actuel subissent comme d’habitude la propagande des bénéficiaires privilégiés du système, qui ont, heureusement pour eux, la capacité de convaincre leurs victimes de soutenir le système, et de le considérer comme un bien pour tous.
    En France, sauf accident, et heureusement qu’il y en a parfois, les enfants des défavorisés n’ont aucune chance de devenir des élites. Mais comment voulez vous qu’ils apprennent ce qu’on ne leur a même pas proposé ? D’une manière générale, en France, les élites d’aujourd’hui sont enfants d’élites d’hier, et parents d’élites de demain. Le système fonctionne sans doute bien, mais il est injuste et ne peut continuer ainsi.
    La réforme du collège portée par la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, visant à élargir la base dans laquelle la France recrute ses futures élites, est accusée de sacrifier l’enseignement de l’allemand et des langues anciennes, et de pervertir les programmes d’histoire. On peut débattre de l’opportunité de cette réforme, ou encore discuter de la manière dont elle est conduite, mais il est inutile de lui faire dire ce qu’elle ne dit pas.
    Pardon, mais comment et pourquoi dans le système éducatif actuel, les meilleurs élèves sont ils meilleurs? Sauf des rares exceptions, les plus forts sont tous issus des familles aisées, dont les parents étaient eux mêmes meilleurs élèves, issus à leur tour des familles aisées, On peut aisément comprendre que les détracteurs de la réforme du collège soient surtout animés par un élitisme conservateur.
    En général, un progrès ne vaut que s’il profite à tous. Apparemment, il semble qu’un privilège, selon les détracteurs de la réforme du collège, ne vaut que s’il profite exclusivement aux privilégiés. Je pense, et je peux me tromper, que cette réforme de gauche ouvre l’élitisme au plus grand nombre, les dociles qui acceptent de travailler dur pour cela. Il profite donc à tous, et c’est tant mieux.

  10. EVE.LYNE

    Bravo Monsieur d’Ormesson ! et merci d’intervenir auprès du gouvernement pour que l’enseignement de la langue française ne soit pas lésé. Notre culture doit restée ce qu’elle est. Je l’apprécie comme beaucoup et j’espère, de tout coeur, que la ministre n’aura pas gain de cause…

  11. laurence-warot@orange.fr

    Merci Monsieur D’Ormesson! Tout ce que vous écrivez là est juste . Peut on devenir écrivain sans avoir fait ni latin ni grec ? Oui bien sûr!
    Mais comme il est pratique et  » amusant » de comprendre un mot inconnu, juste parce que, justement on a fait  » latin- grec!
    Je ne sais pas de quelle tête mal faite sort cette réforme mais elle amputerait le cerveau, j’en suis certaine.

    • Maïla Nepveu

      Bravo Monsieur Jean d’Ormesson ! Vous êtes si beau et jeune à 90 ans avec vos cheveux blancs, votre visage creusé de belles rides, vos yeux bleus magnifiques, malicieux et pétillants.
      Certes, une langue évolue et se transforme. Nous ne parlons plus le français du temps des Croisades, de la guerre de Cent Ans, des poètes de la Renaissance, ni même celui de Chateaubriand ou d’Alexandre Dumas. Héritier du grec et du latin, le français a emprunté à d’autres langues (l’arabe, l’allemand, l’espagnol, l’anglais, l’italien, le russe etc.) pour se diversifier et s’enrichir. Mais, il ne doit pas perdre son âme et son identité, à savoir son héritage du grec et du latin sans lesquels nous ne pouvons comprendre la plupart des mots de notre vocabulaire quotidien, et sans lesquels tout un pan de notre culture s’écroulerait.
      Défendre les langues mortes, qui ont créé et nourri notre langue actuelle, n’est pas élitiste. Venue des Philippines, j’ai moi-même appris le français à l’âge adulte. J’ai toujours été attirée par cette langue flamboyante et lumineuse, véhicule d’une culture admirée dans le monde entier, une « exception française ». J’ai réussi les concours pour devenir cadre d’une collectivité territoriale.
      Je connais des cadres territoriaux, des conservateurs des musées, des avocats, des médecins, des ingénieurs, des professeurs, des hommes d’affaires qui sont nés fils ou filles de paysans, d’ouvriers, de « petites gens ». C’est l’école de la République qui leur a permis, grâce à l’apprentissage entre autres du grec et du latin, du français, de gravir un à un tous les échelons. Ils ont une culture immense, ils parlent un français châtié et j’aime les entendre déclamer des vers de François Villon, de Joachim du Bellay ou de Gérard de Nerval. Ils me nourrissent de leur culture et de leur savoir.
      Pour finir, je citerai ce beau vers de Stéphane Mallarmé, « j’erre après un rêve vague et beau, par les champs où la sève immense se pavane… » Ce rêve vague et beau, c’est celui de notre héritage et de notre culture que nous défendons, pour ne pas mourir.

  12. Darty Henri

    tout prend racine de l’arbre identitaire et culturelle , pour porter les fleurs et les fruits de la vie!!!! pour transmettre la culture du savoir et de la connaissance!!!!!c’est le sésame de la culture et de la littérature!!!!

  13. Drpmiami@gmail.com

    L’education Nationale de ce Gouvernement laissera beaucoup de traces de son action destructrice.
    A ajouter a la liste, apres les fermetures d’ecoles dans les villages, les suppressions de postes malgre des effectifs croissants d’eleves, la suppression du Latin et du Grec:
    L’Education Nationale vient de detruire a jamais l’enseignement du francais de tres haute qualite, dispense a nos enfants dans les ecoles publiques (gratuites) de Miami (FL. Usa). Enseignement paye par les Etats Unis , sans aucun cout pour la France. L’Education Nationale vient de lui enlever sans nouveau motif « l ‘Homologation  » dont ces Ecoles etaient honorees depuis 25 ans et ce malgre l’opposition des familles, des professeurs, le soutient de nombreux elus (dont le Depute Frederic Lefebvre et le Senateur Louis Duvernois) et une petition de plus de 10.000 signatures recueillis en 3 mois par FIPA, l’Association des parents d’eleves du programme IS de Miami.
    Roger Pardo
    President de FIPA Miami

  14. Colette Prudi

    Bravo! Je relis en grec Alceste et Médée d’Euripide en signe de protestation et me rends demain au Forum universitaire de l’Ouest parisien. Je suis sûre que l’amphithéâtre sera comble.

  15. michel.soller@bluemail.ch

    Quel classe! quelle intelligence mais surtout quelle belle écriture! c’est toujours un régal que de le lire et l’écouter. Dommage que tout en haut du pays, ce ne soit que nivellement par le bas, inculture totale et absence de réflexion. Jean d’Ormesson n’est hélas pas éternel et un jour il manquera terriblement à la France. En attendant, cette lettre est tellement juste! Respect!!

  16. Jean Barjou

    Tous ceux qui me connaissent le savent, je ne partage pas la sensibilité politique de Jean d’Ormesson. Ça ne m’empêche pas de convenir que sur cette question culturelle, il a entièrement raison!

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