Lettre ouverte de l’écrivain Stephen King

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stephen king large

La plupart des gens riches aiment garder leur thune.

Auteur à succès par excellence, acclamé par la critique et fort de millions d’exemplaires vendus dans le monde, bien souvent adaptés au cinéma, Stephen King est une star mondiale qui dépasse largement le cadre de la littérature. Ecrivain prolifique, l’auteur de Shining ne manque de rien, bien au contraire. Mais, dans la crise actuelle, il est prêt à retrousser ses manches et réclame à corps et à cris des impôts plus élevés pour « les gens riches », dont il fait partie. Démagogie ou pas, une lettre sans langue de bois sur un sujet polémique et très actuel !

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30 avril 2012

Lors d’une manifestation en Floride, j’ai souligné que je payais des impôts à hauteur d’environ 28% de mes revenus. Ma question était : « Comment se fait-il que je ne sois pas taxé à 50% ? »

Ils m’ont dit : « Fais un chèque et tais-toi ! »

Ils m’ont dit : « Si tu veux payer plus, paye plus. »

Ils m’ont dit : « Y en a marre d’entendre parler de ça. »

Et bien, c’est la merde pour vous les mecs, parce que je ne suis pas fatigué d’en parler. Je connais des gens riches et pourquoi ne pas en parler, puisque je fais partie de ces gens ? C’est vrai qu’une partie des gens riches donne une part de leurs économies d’impôts à des œuvres de charité […]. Mais ce 1% de personnes charitables ne peut pas tout assumer, il s’agit des responsabilités nationales de l’Amérique : les aides à ses pauvres et à ses malades, l’éducation de ses jeunes, la réparation des infrastructures défaillantes, le remboursement de ses ahurissantes dettes de guerre. La charité des riches ne peut pas remédier au réchauffement climatique ou baisser le prix de l’essence d’un seul petit centime.

Hé ! Si on se penchait vraiment sur le problème ? La plupart des gens riches paient des impôts à hauteur de 28% et ne donnent pas le reste de leurs revenus à des œuvres de charité. La plupart des gens riches aiment garder leur thune. Ils ne vident pas leurs comptes en banque et leurs portefeuilles d’investissement. Ils les gardent et les donnent à leurs enfants, aux enfants de leurs enfants. Et ce qu’ils donnent ailleurs ne regardent qu’eux, comme ce que moi et ma femme donnons. C’est l’archétype de la philosophie des riches : ne nous dites pas comment dépenser notre argent, on  vous dira comment dépenser le vôtre.

[…] Les sénateurs et représentants américains qui refusent, ne serait-ce que d’envisager d’augmenter les impôts des riches, et gémissent comme des bébés geignards (en général sur Fox News) chaque fois que le sujet revient sur le tapis, ne sont pas, pour la plus grande majorité, immensément riches, même si beaucoup d’entre eux sont millionnaires. Simplement, ils idolâtrent les riches. Ne me demandez pas pourquoi ; je ne les comprends pas non plus, puisque la plupart des riches sont aussi ennuyeux que de la merde de vieux chien mort.

[…] J’imagine que cet amour des conservateurs pour les riches vient de l’idée qu’en Amérique, n’importe qui peut devenir riche s’il travaille dur et qu’il économise ses sous. Mitt Romney l’a dit, en fait, « Je suis riche et je ne m’excuse pas d’être riche ». Mais personne ne veut que tu t’excuses Mitt, ce que veulent certains d’entre nous, (ceux qui ne sont pas aveuglés par le persiflage de conneries qu’on vomit pour masquer l’idée que les gens riches veulent garder leur satané fric) c’est que tu reconnaisses que tu n’aurais pas pu réussir en Amérique sans l’Amérique. Que tu as eu la chance de naître dans un pays où la mobilité sociale est possible (un sujet sur lequel Barack Obama peut s’exprimer avec le poids de l’expérience), mais où les canaux permettant une telle mobilité ascendante sont de plus en plus bouchés. Il est injuste de demander à la classe moyenne d’assumer un taux d’impôt disproportionné. Pire qu’injuste ? Putain, mais c’est anti-américain ! Je ne veux pas que tu t’excuses d’être riche, je veux que tu reconnaisses qu’en Amérique, nous devrions tous payer une part d’impôts juste. Que nos cours de civisme ne nous ont jamais appris qu’être Américain signifie : désolé les enfants, tu ne peux compter que sur toi-même. Que ceux qui reçoivent beaucoup doivent être forcés de payer dans la même proportion. C’est-à-dire de l’assumer sans se plaindre : cela s’appelle le patriotisme, un mot que les conservateurs adorent utiliser à tout bout de champ tant que ça ne coûte pas un sous à leurs riches bien-aimés.

C’est ce qui doit se passer si l’Amérique veut rester forte et fidèle à ses idéaux. C’est une nécessité pratique et un impératif moral.

( http://www.thedailybeast.com/articles/2012/04/30/stephen-king-tax-me-for-f-s-sake.html © Trad. ) - (Source image : PP of https://twitter.com/stephenking (2017) © D.R.)
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14 commentaires

  1. Club Stephen King

    Un message exceptionnel de Stephen King, prônant pour un meilleur partage des richesses des super riches américains.. qui ont construit leur fortune grâce aux USA.
    On sait que Stephen King est un super riche philanthrope, il l’a démontré de nombreuses fois en se montrant disponible et enclin à aider la communauté du Maine.

    Merci pour la traduction, même partielle. Je ne l’avais pas traduite sur le site du Club Stephen King 😉

  2. ParcDesArts

    Superbe! Je suis agréablement touchée par cette lecture, cela me conforte dans cette idée que quelque soit notre milieu ou le lieu , les humanistes sont là, ils veillent au delà de leurs réussites et sur tout au delà de l’argent accumulé qui finalement n’est fait que pour être dépensé..sinon il meurt avec nous.

  3. Littérature

     » Payer une part d’impôts juste  »
    A quand verra t’on cela en France ? En 2014 les entreprises croulent sous les charges, n’embauchent pas, sous-traitent en Chine ou ailleurs et les salariés tirent la langue. Punaise, je n’aimerais pas avoir 22 ans de nos jours.
    Quant aux grosses entreprises, souvent elles ne paient pas leurs impôts en France alors comment fait-on ?
    Notre cher président a beau « avouer » qu’il n’a pas su faire baisser la courbe du chômage en 2013… non, tiens donc ? (mais qu’il y a arrivera en 2014 pour autant qu’il y ait de la croissance…), tant que les entreprises ne seront pas en meilleure santé, les chômeurs resteront au même stade sans pouvoir se faire embaucher faute de moyens ( et je ne parle pas des flemmards qui profitent du revers du système).

    Je suis effarée de notre situation actuelle et de celle à venir (les économistes ne sont pas optimistes du tout). Je n’ai pas de source à citer, seulement mon ressenti global face à tout ce que je lis de ci de là.
    A force de nous rabattre les oreilles avec la crise, la crise, la crise, les budgets sont serrés, (les fesses des citoyens aussi), personne ne fait plus rien, les commandes sont gelées et si l’on pouvait se targuer à l’époque d’avoir pu grandir grâce à la France, maintenant on a l’impression que la France pousse les gens à ne rien faire plutôt que d’apporter une valeur ajoutée par le travail.

    Heureusement que la lecture nous éloigne de tout cela quelque temps histoire de lâcher prise sur le présent.
    Préférons nous évader avec les livres, coupons les ordinateurs qui éloignent les humains au final, les médias et réseaux sociaux divers et variés qui en général en remettent une couche bien ciblée en fonction de ce qu’ils ont le droit de dire ou pas…

    Bref, le printemps c’est pour bientôt alors je vais lire  » Réussir son potager et son verger  » (ed. Hachette), ça va me mettre des couleurs plein la tête et plein le coeur.
    Plein de bonnes choses aux humanistes et au partage, plein de mauvaises choses aux individualistes et aux vilains.
    Merci de m’avoir lue jusqu’au bout sans dormir 😉
    Bien cordialement,

    • Oberon

      J’ai 22 ans et je vais vous dire une chose très simple : notre génération fera comme la plupart des générations qui l’ont précédé. Nous vivrons et nous grandirons sur les erreurs et les réussites de nos parents… Probablement plus d’erreurs que de réussites (Je tiens quand même à vous rappeler que ce siècle a permis d’a peu près retrouver la paix en Europe, demandez à un européen de n’importe quel autre siècle ce que cela signifie)…Certes nos chers parents et grands parents ont surement été trop optimistes et c’est cette optimisme, ce refus de voir le monde tel qu’il est qui fait qu’aujourd’hui notre génération hérite d’un monde plus sombre et à première vue avec moins d’opportunités. Mais le propre de l’homme est sa capacité d’adaptation. Et aujourd’hui nous arrivons à une époque où un nouveau monde doit être construit mais c’est cela qui effraie encore les générations précédentes (surtout celle de mes parents à mon humble avis), l’îdée que le monde qu’ils ont connu se meurt, l’îdée que plutôt de profiter grassement de notre nid à tous la Terre nous devons la réinventer. Oui le monde de demain nous est inconnu mais ça n’a jamais arrêté la marche de l’humanité, ce qui l’a entravé ce sont des hommes. Et si nous ne nous réveillons pas à temps, nous nous réveillerons dans le sang.
      Se plaindre de la fin d’une époque revient à se plaindre de la mort et donc de l’inéluctable.
      A 22 ans ce dont on a besoin, c’est de la lucidité et un amour de la vie sous toutes ces formes.

      • Régina

        J’aime ce que vous dites, votre façon de voir devant pour bâtir est certainement la seule viable. On le voit bien : faire le bilan et le bilan du bilan, se flageller et condamner l’autre, voilà qui permet de rester sur place, de ne changer que l’heure de son réveil à chaque saison. C’est vrai, c’est morbide.
        Comme j’aime que vous sachiez que le ferment de la vie est l’amour de la vie sous toutes ses formes et que le savoir est la seule lucidité qui vaille.
        J’ai 22 ans depuis 44 ans et je suis assoiffée de cet amour. Je suis de la génération de vos grands parents.
        Ce que je vois, c’est que le monde de demain est plus que jamais là, en croissance. Il faut en prendre soin, ne pas le remettre au lendemain, car on resterait alors encore dans une morbide immobilité.
        Bien qu’il soit bien présent, je ne parviens plus à le ressentir dans les grandes villes. La citoyenneté aurait peut-être fuit la ville, peut-être rongée par la course à l’argent pur.
        Gardez vos 22 ans toujours. Cela m’enchanterait.

  4. torcos92

    Le problème c’est pas que les gens riches soient charitable, personne ne va aller filer spontanément 50% de son salaire a un clochard, ni Stephen, ni vous, ni moi, il serait assez puérile de penser le contraire.
    Le problème c’est que des types gagnent 100 fois, 1000 fois, 10 000 fois plus que d’autres, comment justifier le salaire d’un trader, d’un banquier, d’un acteur ,d’un footballeur ou d’un patron de multinationale. C’est injustifiable, il fut une époque ou il le ratio était bloqué a 1/16, tu gagnes 16 fois le smic, ca veut dire que t’es sensé produire 16 fois plus qu’un ouvrier basique. A moins d’être batman, tu peux pas vraiment revendiquer le fait d’être 10 000 fois plus performant qu’un ouvrier de base. En réalité ce genre de situation mène droit a des révoltes, et Stephen a raison de prôner ce qu’il prône si il veut conserver son niveau de vie, le problème c’est que ca ne suffira surement pas a apaiser les mères de familles qui vivent avec leurs gosses dans des caravanes pcq des traders ont spéculé sur leurs maisons.
    La réalité Stephen, c’est que tu ne devrais pas toucher plus de 16 fois le revenu de base, tu ne devrais pas non plus te poser la question de la redistribution, c’est l’état et donc les gens qui devraient se la poser et savoir si il coupe ton salaire et celui de tes potes.

  5. nicopno

    « Riche parce qu’il a travaillé dur » .. Parce qu’il était tout seul à générer ces millions ?? Rien ne justifie une aspiration aussi disproportionnée des bénéfices d’une activité. Pas même l’actionnariat majoritaire. C une action collective qui prend une dimension sociétale. On partage !! Ok pour mesurer le poids des responsabilités et de l’audace mais dans des proportions respectueuses. Le gars qui a le dos cassé à 50 ans pour produire le fruit de la fortune du dirigeant, comment le regarde t’il droit dans les yeux. Colère..

  6. Albert Gandonou

    Eblouissant, ce que pense et dit Stephen King. Un autre monde est bien possible. Ce grand homme nous aide a continuer d’y croire et d’y travailler en Afrique.

  7. ph11

    On peut être bon auteur, cela ne donne pas automatiquement les compétences d’économiste, de sciences sociales, politiques, juridiques ou de philosophie …
    Bien sur, énormément de gens vont approuver ce genre de propos populistes… Surtout ceux qui vivent déjà de l’argent du contribuable…

    Cependant, ça ne fonctionnera pas… Tout ce que cela aboutira, c’est plus d’optimisations fiscales, d’efforts d’évitements et une baisse des recettes fiscales, une insécurité juridique, une complexité administrative… Les hausse d’impôts de Hollande, par exemple ont aboutit à une baisse des recettes… La baisse des taux marginaux sous Reagan avait aboutit à la hausse des recettes…
    On peut faire n’importe quoi avec de bonnes intentions, on risque surtout d’avoir comme résultat n’importe quoi.

    Il faut rappeler cette vérité : un homme s’enrichit parce qu’il a fourni une contrepartie en échange de sa rémunération, à des gens qui estiment que ses services valent plus que sa rémunération. Une contrepartie qui profite à ses clients, son entreprise, et qui par externalités positives, profite à la société.

    Donc, il y a déjà un retour à la société et je ne vois pas en quoi payer des impôts serait un tel retour à la société. On paie des impôts pour financer le fonctionnement de l’État, et non par retour sur un soi disant investissement, pour punir les gens non conformes à une norme idéologique ou pour contrôler les masses…

    On risque surtout de dévaluer le travail de ces personnes et pour quelques $ de recettes supplémentaires à court termes, on fera des pertes à long termes sur les services à fortes compétences…

    Quant à ce que paient les riches en impôts, SK devrait faire les comptes en chiffres absolus et non en taux. Il verrait que les 10% les plus riches paient déjà plus de la moitié des recettes.
    S’il trouve qu’il n’y a pas assez d’égalité de traitement, il peut toujours demander une baisse sur les autres tranches ou une flat tax.

    Quand au patriotisme, cela n’a rien à voir avec le fait de se faire racketter pour payer la note de la mauvaise gestion du gouvernement.

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