Lettre ouverte des scénaristes de Birdman

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Finalement nous jetons un coup d’œil vers le bas et réalisons que la base n’est rien d’autre qu’une illusion… ou une désillusion.

Alejandro Gonzalez Iñárritu (15 août 1963) est l’un des grands réalisateurs contemporains, auteur de nombreux chefs d’oeuvres, tels Babel, Amours chiennes, 21 grammes. Il est aussi le premier réalisateur d’origine mexicaine à être nominé et récompensé aux oscars pour son film Birdman. Retour sur la genèse de ce nouvel opus avec cette lettre des scénaristes du film.

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2015

Il y a trois ans Alejandro Gonzalez Inarritu nous a appelés pour nous dire qu’il était hanté depuis des mois par une seule image : un homme en sous-vêtements en lévitation dans le dressing d’un dressing d’un théâtre de Broadway. A ce moment, nous venions de comprendre que cette image serait le point de lancement d’une des dernières “prises”, une prise qui serait la chronique de la bataille tragico-comique entre un acteur hollywoodien has-been et son alter-ego.

Voilà comment est née l’idée de Birdman. Birdman serait ainsi la voix intérieure qui sermonnerait Riggan Thomson à travers les corridors claustrophobiques du théâtre Saint James de Broadway, et doucement mais sûrement le plongerait dans une fusion qui, à la fin, pourrait le ruiner ou le sauver.

C’est suffisant, mais comment faire pour mettre en image la lutte finale de notre héros contre lui-même ?

L’ego est cette chose en nous qui lutte sans arrêt pour nous convaincre que nous sommes spéciaux, que nous avons un certain contrôle de notre destin et que nous essayons de terminer notre vie au sommet.  L’ego nous place avec douceur au point culminant de l’imposante montagne de l’aveuglement où nous nous tenons, droits et  fiers, jusqu’au moment où finalement nous jetons un coup d’œil vers le bas et réalisons que la base n’est rien d’autre qu’une illusion… ou une désillusion.

Birdman peut être encensé, Birdman peut être critiqué. Il y a un peu plus de deux ans, ces pensées et ces peurs ne font qu’un pour nous. Sans rien qui nous aide, si ce n’est notre héros médiocre et sa quête chimérique, nous avons décidé de saisir cette chance. De le suivre dans le terrier du lapin jusqu’à son plus profond désespoir et, à la fois, être face à nos propres insécurités. Cela paraît si noble. Tellement important. Mais, en fin de compte, écrire Birdman, c’était comme léviter sans rien d’autre que des sous-vêtements. En redoutant le pire. En espérant le meilleur. En essayant de mille manières de faire taire la voix. Cette voix.

( http://www.landmarktheatres.com/birdman-filmmaker-letter ) - (Source image : http://bit.ly/1DN5674)
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