Lettre de Gisèle d’Estoc à Guy de Maupassant

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J’ai toujours rêvé de faire l’amour un jour d’été en pleine campagne

Gisèle d’Estoc (27 mars 1845 – 8 mai 1894), écrivaine et sculptrice à ses heures, femme mystérieuse, fatale, saphique et amante de Guy de Maupassant, invite sans ambages son frère « en désirs interdits » à s’adonner à l’acte amoureux dans un paysage bucolique. Retour aux sources de la nature…

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[Non datée]

Mon amant,

Depuis quelques jours j’ai une idée folle, une idée de printemps, une idée d’amour. Aller nous aimer quelque part, en pleine nature.

Te souviens-tu de cette véritable alcôve de verdure que nous avions découverte près de Bezons, en remontant la Seine ? Au fond, j’ai toujours eu horreur de faire l’amour dans une chambre, dans un lit, comme tout le monde. Je trouve cela affreusement banal et bourgeois et je suis obligée d’étouffer ces cris qui augmentent encore mon plaisir. J’ai toujours rêvé de faire l’amour un jour d’été en pleine campagne, couchés dans les hautes herbes, avec les odeurs de la terre, le bruit des insectes. On doit avoir vraiment l’impression de faire partie du soleil, de la terre et du vent. L’homme capable de comprendre mon désir m’a toujours manqué. Mais toi, Guy, le vrai faune, ne voudrais-tu pas partager mes sensations ? Ne sais-tu pas que je suis ta sœur en désirs « interdits » ?

Gisèle

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7 commentaires

  1. Hélène Gadeaud

    L’Homme ne s’est jamais interprété comme faisant partie intégrante de la nature. Voyons ! Trop supérieur ! Alors il s’est inventé des tas d’interdits sociétaux. Le groupe primitif est venu peu à peu régenté son style de vie et d’accouplement. Le sectarisme dictatorial religieux l’ a éloigné définitivement de toute simplicité basique, l’obligeant à entrer dans les carcans de la honte en définissant tous ses besoins naturels comme malsains… !
    Aujourd’hui je ne vois pas comment l’espèce humaine va s’en sortir… (?)

    • Nanou FERRIER

      Personne, à aucune époque, n’a jamais vu comment l’humain allait s’en sortir …. C’est cela l’humain, non ? Par ailleurs c’est dans l’intime , cet intime tant à préserver, que nous pouvons dépasser les carcans …. Cette lettre le dit aussi …

  2. Chérif Lamin

    Chose qu’Adam et Eve n’avaient réussi à vivre au paradis. Mais c’est permis dans des endroits isolés et en pleine discrétion. Mais les naturalistes s’enfichent carrément des valeurs.

  3. Staminer

    Madame Gisèle Destoc, qui n’était sans doute pas de taille, voulait baiser à Bezons, dans un bosquet peut-être, dans un taillis qui sait, ou bien dans les buissons. Les buissons de Bezons ont la réputation d’être chargés de framboises. Ce qui fait que quand l’on s’y baise, on peut aussi s’y sustenter. Pour ceux-là que cela tente et dont l’appétit est par les jeux d’amour affuté. Baiser à Bezons dans les buissons c’est en quelque sorte le gîte et le couvert assurés.

    Ces amours rustiques, ces cinq-à-sept buissonniers étaient à cette époque à la mode. Victor Hugo après avoir été surpris avec une jeune bergère dans ses étreintes campagnardes par un vieux bouc en pâture qui avait passé le menton dans le buisson où le couple s’ébattait versifia l’anecdote :
    «Moi qui connaissait mon Tityre
    Et qu’Horace aux champs attire
    Je m’écriais : — C’est un Satyre !
    Lise cria c’est un sapeur !
    Elle eut honte, moi j’eus peur»

    Malheureusement lorsque l’on sait que Maupassant était atteint d’une syphilis dont il mourut d’une manière atroce, on peut penser que les agapes champêtres de madame Destoc ont dû lui coûter une horreur qu’elle ne méritait sans doute pas.

  4. EL GHAZI AHMED

    S’aimer, ou plutôt baiser, dans un lit , dans une piscine, dans une étable ou dans une forêt, c’est pareil, c’est finalement baiser. Généralement, ce sont les circonstances (pour ne pas dire les contraintes de la vie) qui changent, c’est tout.

  5. Ines.renier@orange.fr

    Si j’osais
    Je dirais que Monsieur? Staminer m’a procuré plus d’amusement à lire sa prose que celle de madame Destoc.
    Je ne m’y connais pas, croyez moi, vous avez du talent .

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