Lettre autographe manuscrite d’Hector Berlioz à Auguste Morel

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Il commence à se montrer moins enfant et plus préoccupé de son avenir.

1857 : Louis Berlioz, le fils d’Hector Berlioz a 23 ans. Novice à seize ans sur un trois-mâts, il passe dans la Marine nationale, puis aux Messageries maritimes et à la Compagnie générale transatlantique. A trente ans, il sera un grand capitaine. Sa mort prématurée causée par la fièvre jaune à la Havane en 1867, interrompt une brillante carrière. Il n’était pas facile d’être le fils d’Hector Berlioz. Heureusement il y avait le grand ami d’Hector Berlioz, le compositeur Auguste Morel qui ne cessait d’arrondir les angles et de prendre soin de Louis qui avait du mal à supporter la très forte personnalité de son père, tantôt indifférent parce que débordé, tantôt tyrannique. Le passage d’une lettre de Louis à son père écrite en 1861 est terrible : « Je com­prends que tes chefs d’œuvre, représentant des années de jouissance et devant faire ta gloire plus tard, doivent passer bien avant moi qui ne repré­sente qu’une ou deux secondes d’abandon ou d’oubli, et 27 années de charge. » Le fils est mort deux ans avant son père, pleinement réconcilié avec lui.

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7 septembre 1857

Mon cher Morel,

Vous avez encore comblé Louis de bontés et de témoignages d’affection, laissez-moi vous en remercier et vous prier aussi de présenter l’expression de ma vive reconnaissance à madame votre mère, dont Louis ne parle qu’avec attendrissement. Il commence à se montrer moins enfant et plus préoccupé de son avenir ; je ne doute pas que vos bons avis ne soient pour beaucoup dans ce progrès. Nous avons fait, lui et moi, plusieurs démarches inutiles ces jours-ci, pour avoir des nouvelles de son capitaine et de son navire. Le silence de M. Aubin commence à nous inquiéter. J’ai appris chez M. de Rothschild que l’ancien capitaine de la Belle-Assise était parti pour Marseille, afin de prendre connaissance de l’état du navire et de celui de sa cargaison. Il aura sans doute retenu M. Aubin à Marseille, pour l’aider dans cet examen. Soyez assez bon, mon cher Morel, pour vous informer au port de l’époque du retour à Paris de ces messieurs et de celle du départ de la Belle-Assise, si elle est connue. Je crois que Louis vous a déjà écrit à ce sujet. Il est en ce moment à Dieppe, où il est allé visiter une amie de sa mère, madame Lawsson, qui lui veut beaucoup de bien. Il reviendra ce soir. Je me suis remis à ma partition, et, si je n’étais pas constamment interrompu, de trois jours l’un, j’avancerais assez vite. En somme, dans six ou sept mois, l’ouvrage sera fini ; et je me mettrai, pour mieux en étudier les défauts, à arranger la partition pour le piano. Il n’y a pas de travail plus utile, en pareil cas, que celui-là ; et d’ailleurs, la partition de piano et chant a bien sa valeur intrinsèque, surtout pour les études. […]

Mille amitiés à Lecourt. Théodore Ritter vient d’achever la partition de piano complète de Roméo et Juliette. C’est très clair et très jouable. Il a exécuté la semaine dernière l’ouvrage entier devant une quinzaine de personnes chez Pleyel ; Duprez et moi, nous chantions les chœurs, etc. Il a très bien joué. Cela se grave à Leipzig.

Adieu je vous serre la main

Votre tout dévoué

Hector Berlioz

P.-S. — Le capitaine Aubin, et non Bodin, vient de venir. Il retourne à Marseille. Il avertira Louis du jour où il devra être rendu à bord. Ainsi ne vous inquiétez pas de cela.

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( Hector Berlioz, Correspondance générale, tome V : 1855 - 1859, éd. Flammarion, Paris, 1992 ) - (Source image : Fondation La Poste)
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