Lettre d’Alexandra David-Néel à son mari

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C'est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie

Alexandra David-Néel (24 octobre 1868 – 8 septembre 1969) ne porte pas de titre unique : orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra et féministe, journaliste et anarchiste, écrivaine et exploratrice, franc-maçonne et bouddhiste, elle crée sa renommée en étant la première femme d’origine européenne à séjourner à Lhassa, au Tibet, en 1924. Son goût pour le voyage et la nature se reflète jusque dans ses lettres, dont celle-ci est un triste et bel exemple.

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Il fait froid et triste, dis‐tu. Ah ! Mon pauvre grand ami, j’ai été toute remuée de  t’entendre dire cela si tristement …. Les sages ce sont ceux qui ont compris que  de  ce  que  le  commun  des  êtres  appelle  la  vie  il  n’y  a  rien  à tirer  que  froid  et  tristesse  et  qui  sont  partis  avec  leur  pensée,  en  quête  d’autre  chose  …  d’autre  chose qui est au‐delà du froid et du chaud, du rire et des larmes. Ils l’ont trouvé.  Pourquoi d’autres, pourquoi nous‐mêmes ne le trouverions‐nous pas ?

Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d’herbe, les rayons du soleil,  les  nuages  qui  courent  dans  le  ciel  crépusculaire  ou  matinal,  la  mer,  les  montagnes. C’est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et l’on n’est jamais  seules  quand  on  sait  la  voir  et  la  sentir.  Mon  petit  bien  cher,  je  suis  née  une  sauvage et une solitaire et ces dispositions ont crû tout le long des ans que j’ai  vécus. Je leur dois des joies que je n’aurais jamais connues sans elles.

Il fait froid et triste quand on demande aux êtres de vous être un soutien, de vous  réchauffer, d’alléger le fardeau de misère inhérente à toute existence. Nul d’eux  n’a réellement le souci de le faire, nul d’eux ne le peut vraiment. C’est en soi qu’il  faut cultiver la flamme qui réchauffe, c’est sur soi qu’il faut s’appuyer.

( ? ) - (Source image : Wikipedia)
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