Lettre d’Alfred de Vigny à Marie Dorval

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Tes cuisses brunes.

C’est en 1829 qu’Alfred de Vigny (27 mars 1797 – 17 septembre 1863), éminent poète et figure littéraire de son temps, rencontre Marie Dorval, comédienne vedette : il devient son amant et elle, sa muse. Très vite, la relation se couvre d’orages, de paranoïa et de violentes disputes, conduisant ce couple mythique à la rupture. Le 7 janvier 1833, à l’âge de 36 ans, et peu avant leur séparation, Alfred de Vigny envoie ce billet que sa maîtresse doit « lire au lit » : savant dosage de sensualité et de poésie.

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7 janvier 1833

Non, non, non je ne veux pas te répondre au lit. Je me lève bien vite au contraire et sais-tu ce que je fais, j’imite une petite fille que tu connais, je me plonge dans l’eau froide pour que tout ce sang qui brûle et qui va vers toi rentre dans son logement et se cache dans ses deux prisons ovales que tu tiens dans ta main. Est-ce là que tu veux que je te dise ? t’en souviens-tu ? Si tu voyais comme tout cela te désire et s’élève et brûle et rougit et se tend et devient grand et me fait souffrir toute la nuit. Tiens en en parlant cela revient et ne peut plus se contenir. Je me sers de ce papier. — Tiens voilà ce que ta main devrait faire, ou plutôt ton corps tes cuisses brunes et je devrais sentir mes cheveux sur les tiens et sur mes poils, ce petit bouton, et, dans toi, montant jusqu’à ton cœur, jusqu’au fond de toi ce que je deviens là et, coulant, jaillissant se mêlant au tien ceci ceci ce.

( Marie Dorval, Afred de Vigny, Lettres pour lire au lit, Correspondance amoureuse d'Alfred de Vigny et de Marie Dorval, Mercure de France ) - (Source image : Antoine Maurin, Portrait lithographié d’Alfred de Vigny, 1832, © Wikimedia Commons / Lithographie de Marie Dorval (1798-1849), par le peintre Paul Delaroche (1797-1856), circa 1831, © Wikimedia Commons)
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