Lettre d’Arthur Rimbaud à Ernest Delahaye

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Verlaine est arrivé ici l’autre jour, un chapelet aux pinces…

Deux ans après le tragique incident de Bruxelles (Verlaine tira sur Rimbaud le 10 juillet 1873), Rimbaud accueille son ancien compagnon à Stuttgart. Rimbaud n’a plus la tête, ni à littérature, ni à la poésie, il vit déjà son aventure, sa « vraie vie ». Verlaine s’est réfugié dans la foi et croit pouvoir endoctriner son compère. La lettre que Rimbaud adresse à Ernest Delahaye souligne l’insouciance, l’insoumission et le goût de Rimbe pour l’ivresse et la légèreté, le poète raillant les croyances de son « pitoyable frère ».

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5 février 1875

Verlaine est arrivé ici l’autre jour, un chapelet aux pinces… Trois heures après on avait renié son dieu et fait saigner les 98 plaies de N.S. Il est resté deux jours et demi fort raisonnable et sur ma remonstration s’en est retourné à Paris, pour, de suite, aller finir d’étudier là-bas dans l’île.

Je n’ai plus qu’une semaine de Wagner et je regrette cette [sic] argent payant de la haine, tout ce temps foutu à rien. Le 15 j’aurai une Ein freundliches Zimmer n’importe où, et je fouaille la langue avec frénésie, tant et tant que j’aurai fini dans deux mois au plus.

Tout est assez inférieur ici, j’excèpe [sic] un : Riesling, dont j’en vite une ferre en vâce [sic] des gôdeaux qui l’onth fu naîdre [sic] , à ta santé imperbédudeuse [sic]. Il soleille et gèle, c’est tannant.

(Après le 15, Poste restante Stuttgart.)
À toi.
RIMB

Lettre d’Arthur Rimbaud à Ernest Delahaye : « Verlaine est arrivé ici l’autre jour, un chapelet aux pinces… »
( Texte et Image : Les plus belles lettres illustrées Roselyne de Ayala, Jean-Pierre Guéno, Editions de la Martinière, 1998 )
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2 commentaires

  1. olivier d'auge

    J’adore,
    Rimb , c’est Lawrence,
    qu »il se vit, moto,
    chameaux, tempêtes se fient,
    tel bref vil tourment,
    vent de sable, chrono,
    phage, logique. Époustouflant.
    olivierdauge.

  2. Laurence Lombrage

    Olivier en » Rimbe des Alpilles »
    caché au fond du bois, touché au fond de lui, mais vivant par ce qu’il a donné la vie à des filles, à des fioles, à des épis, à des rameaux, courageux Olivier qui sait percevoir la beauté des choses, à Auge 🙂

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